Monde

Relire «Le concept du 11 septembre» aujourd'hui

Nonfiction et Valentin Schmite, mis à jour le 11.09.2014 à 18 h 58

En 2004 avait paru un livre d'entretien dans lequel Jacques Derrida et Jürgen Habermas tentaient de conceptualiser l'événement.

Tribute in Light - 11 September 2010  / Bob Jagendorf via Wikimedia CC

Tribute in Light - 11 September 2010  / Bob Jagendorf via Wikimedia CC

Le «concept» du 11 septembre: Dialogues à New York (octobre-décembre 2001)

avec Giovanna Borradori

Jacques Derrida et Jürgen Habermas

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Il y a treize ans exactement, un événement majeur ébranla le monde occidental, un évènement échappant presque à toute tentative de rationalisation.

Comment présenter alors ce qui apparaît encore aujourd’hui comme un choc? Si, selon la formule hégélienne, «la lecture des journaux est la prière matinale de l’homme moderne», que penser d’un tel événement au lendemain du 11-Septembre? L’œuvre n’est pas chose aisée, et il faudra deux des plus grands philosophes de la fin du XXe siècle pour s’y atteler: Jacques Derrida et Jürgen Habermas.

Dans un livre d’entretien, publié en 2004, ces derniers tentent de conceptualiser un tel événement. Qu’est-ce que représente le 11-Septembre, en regard de l’histoire du terrorisme, de la souveraineté et de la géopolitique mondiale. Faire un concept du 11-Septembre, telle est la tâche à laquelle s’attache ces deux philosophes.

Avec l’aide de leur collègue Giovanna Borradori, ils remettent en question la grammaire trop évidente des relations internationales pour dégager le sens profond de cet événement majeur.

Derrida, partant du terme heideggérien d’Ereignis, considère que l’importance d’un évènement réside dans l’impression qu’il fait au public plus que dans ses conditions de réalisation concrète. Et cette impression provient dans un premier temps de la réaction auto-immune d’une société, réaction qu’il définit comme «le suicide spontané du mécanisme de défense […] censé protéger un organisme des agressions extérieures». C’est dans la réaction même à un évènement que l’on parvient à comprendre son importance. C’est ici que Derrida tente une refonte du concept de droit international.

Plutôt que de céder à une réaction immunitaire, plutôt que de fonder le droit sur le concept kantien de tolérance, il en appelle à une «hospitalité sans condition». Selon lui, concevoir le droit international comme un droit immunitaire fondé sur la tolérance, c’est entretenir sa propre vulnérabilité.

Habermas, de la même façon, tente de comprendre pourquoi la violence au niveau interétatique ne parvient pas encore à s’apaiser. Pourquoi un événement comme le 11-Septembre est-il possible, voire inéluctable?

Il inscrit son analyse dans le prolongement de sa théorie de l’agir communicationnel. L’espace public mondialisé, selon lui, répond à une logique du plus fort, où le droit n’incarne que la réponse normalisée d’une violence pathologique. Le dialogue instauré par les Etats ne reposerait alors que sur des identités souveraines incapables de se définir autrement que par exclusion de l’autre. Dans ces conditions, il est inconcevable de penser une communication planétaire exempte de tout événement violent comme celui du 11-Septembre.

Repenser le cadre dialogique mondialisé au-delà du concept d’Etat, et saisir l’importance d’une hospitalité sans condition pour répondre aux risques immunitaires d’une société de la tolérance, voilà les leçons que tirent ces philosophes de l’évènement «11-Septembre».

En cette date anniversaire, une (re)lecture de ce désormais classique de la philosophie, apparaît plus que nécessaire.

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