Culture

Pourquoi revoit-on les films et séries qu'on connaît déjà par cœur?

Repéré par Nora Bouazzouni, mis à jour le 11.09.2014 à 16 h 20

Repéré sur The Atlantic

...Alors que nous ne sommes pas immortels et qu'on devrait plutôt rattraper «A la Maison Blanche» et/ou l'œuvre de Hitchcock.

Indiana Jones et le Temple maudit (Steven Spielberg, 1984)

Indiana Jones et le Temple maudit (Steven Spielberg, 1984)

Tous les deux ans, je revois les sept saisons de Buffy (oui, même la 4). J'ai acheté le coffret X-Files alors que je connais les épisodes par cœur, et quand je tombe sur une rediffusion de Scrubs, je ne change pas de chaîne. J'ai vu Matrix 17 fois, soit un peu moins que Dirty Dancing, et au lycée, j’ai regardé Mulholland Drive trois fois d’affilée. Une rétrospective des frères Coen ou de Wes Anderson, dont j’ai vu tous les films mais pas forcément sur grand écran? J'en suis.

Mais pourquoi? Pourquoi écoute-t-on Chandelier en boucle depuis quatre mois alors qu'on n'a sûrement jamais entendu la moitié des titres «parfaits» selon le critique musical Sasha Frere-Jones? Pourquoi nous laissons-nous séduire par une énième rediff' de Sex and the City alors qu'il nous reste une cinquantaine d'années à vivre et qu'on a vu 70% seulement des 100 meilleurs films de l'histoire selon IMDb?

Le journaliste Derek Thompson, obsessionnel de la répétition autoproclamé, répond à cette question sur The Atlantic, en résumant les travaux des chercheurs Cristel Antonia Russell and Sidney Levy.

D'abord, il y a ce qu'on appelle «l'effet de simple exposition»: plus nous sommes exposés à quelque chose (ou à quelqu'un), plus il y a de chance que notre sentiment positif à son égard augmente. Un phénomène cognitif dont les publicitaires usent et abusent («si Juvabien…» ou un certain «pansement des héros»). On vous déconseille toutefois de citer cet effet pour convaincre vos amis réfractaires à The Wire ou pour rassurer vos enfants qui ne peuvent pas encadrer leur nouvelle prof de sport.

Autre explication, plus «consciente»: c'est seulement lorsqu'on connaît une œuvre sur le bout des doigts que l'on peut se détacher de l'action pour se concentrer sur les détails qui nous ont échappé la première fois. Il faut plus d'un visionnage pour repérer la myriade de références laissées par Groening et son équipe dans un seul épisode des Simpson (ici les tableaux, là les films et la musique, bref, tout).

Bon, après, si on vous surprend devant une rediffusion de Dawson, n'allez pas invoquer les easter eggs, personne ne vous croira. Avouez-le, vous êtes nostalgique du samedi après-midi où, assis sur le canapé familial, vous engloutissiez des Craquinette noix de coco et du Cherry Coke en hurlant I don't wanna wait, for my life to be over… C'est la «re-consommation régressive»: la popculture ou la littérature servent de «machine à remonter le temps» pour faire ressurgir les souvenirs qu'on croyait oubliés. A la recherche du temps perdu, quoi. Comme l'écrivait Mark Joseph Stern (traduit par Bérengère Viennot):

«La nostalgie qui accompagne nos chansons préférées ne se réduit pas au souvenir fugace d’une époque révolue; c’est un tunnel spatiotemporel neurologique qui nous offre un aperçu de l’époque où notre cerveau bondissait de joie en entendant la musique qui en est venue à définir qui nous sommes. Ces années sont derrière nous, c’est vrai. Mais à chaque fois que nous entendons les chansons que nous aimions, la joie qu’elles nous procuraient autrefois nous inonde à nouveau.»

Ce bien-être (le fameux «feel-good» ressassé par les agences de com' ou les spécialistes du marketing) que l'on ressent en revoyant La Folle journée de Ferris Bueller vient précisément de ce qu'on sait à quoi s'attendre. La surprise peut être source d'angoisse; le prévisible, lui, nous rassure. C'est la «régulation émotionnelle». Idem lorsqu'on retourne passer ses vacances à Saint-Jean-de-Monts, comme quand on était ado. Une démarche qui relève du «pèlerinage» et qui peut nous aider à régler certains conflits intérieurs.

«Utiliser la nostalgie à des fins thérapeutiques, ce n'est pas si rare. Une étude portant sur la nostalgie a montré qu'elle offrait un confort physique sous forme de chaleur.»

Exactement ce que décrit une commentatrice sur Badass Digest: «Mon cerveau me les brise à chaque fois que je décide de regarder Clueless pour la énième fois. Mais quand je suis malade, c'est aussi réconfortant qu'une soupe de nouilles au poulet.»

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