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Golf: des parcours toujours plus longs

Yannick Cochennec, mis à jour le 14.08.2009 à 17 h 19

Le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison de golf, le PGA Championship, se déroule du 13 au 16 août, à Chaska, dans le Minnesota.

Le PGA Championship, dernier tournoi du Grand Chelem de la saison de golf qui se déroule, du 13 au 16 août, à Chaska, dans le Minnesota, ne devrait pas échapper, en principe, à Tiger Woods si l'on se réfère aux résultats du n°1 mondial lors des deux dernières semaines.

A Grand Blanc, dans le Michigan, et à Akron, dans l'Ohio, Woods y a remporté, en effet, les 69éme et 70éme tournois de sa carrière à seulement 33 ans. Le voilà à trois unités du légendaire Jack Nicklaus qui avait remporté son 73e et dernier titre à l'âge de 46 ans.

Sur les fairways de l'Hazeltine National Golf Course, Tiger Woods pourrait donc inscrire son nom pour la 15éme fois au palmarès d'un tournoi du Grand Chelem. Ses pairs redoutent, évidemment, cet adversaire extraordinaire. Le parcours craint également Woods, même si Hazeltine s'est défendu par avance et spectaculairement en devenant la plus long parcours de l'histoire à accueillir un tournoi majeur.

Avec 6998m de distance entre le tee de départ de n°1 et le trou du n°18, il s'agit, en effet, d'un record mondial qui efface des tablettes les 6988m de Torrey Pines, en Californie, cadre de l'US Open en 2008. Pour la première fois également dans une épreuve de ce niveau, trois pars 5 mesureront au moins 550m: le n°3 (578), le n°11 (558) et le n°15 (587). Autant dire que ce PGA Championship est taillé pour les plus grands frappeurs du circuit professionnel et qu'il n'y aura pas de place pour un conte de fées comme celui vécu par Tom Watson, 59 ans, deuxième du dernier British Open. Dans ce contexte de l'hyper puissance, les joueurs aux tempes blanchies par le temps n'ont a priori aucune chance...

Hazeltine avait déjà accueilli le PGA Championship en 2002 et l'Américain Rich Beem s'était imposé sur un score de -10, sur un parcours qui mesurait alors 291m de moins qu'aujourd'hui. 291msur près de 7000m, c'est peu, en apparence, mais c'est beaucoup pour un 18 trous. Face au constat que les joueurs drivent de plus en plus fort et donc de plus en plus loin, les architectes doivent s'adapter en permanence sur ces grands parcours dits de championnats, comme Hazeltine, capables d'accueillir les meilleurs joueurs de la planète. Car il n'y a rien de pire pour le standing d'un golf de ce niveau que d'être ridiculisé par un, voire plusieurs, joueurs. Et Hazeltine ne veut pas vivre ce petit cauchemar qui consisterait à apparaître, aux yeux des millions de téléspectateurs, comme un golf trop facile.

D'autres ont connu ce triste sort depuis que la face de ce sport a été bouleversée, on le sait, par l'avènement de Tiger Woods qui s'est parfois «promené» sur des parcours aussi légendaires que ceux d'Augusta, pour le Masters, ou de Pebble Beach qu'il avait carrément humilié en 2000, lors d'un US Open, avec un score de -12, sachant que les deuxièmes, le Sud-Africain Ernie Els et l'Espagnol Miguel Angel Jimenez, avaient, eux, fini à +3, soit une différence de 15 coups!

Depuis quelques années, les parcours ont donc été constamment rallongés, à l'image de celui d'Augusta, peut-être le plus connu de tous. Entre 1998, année qui avait suivi le score astronomique de Woods vainqueur à -18 (un record), et 2006, sa longueur est ainsi passée de 6332 à 6807m, avant d'être légèrement réduite à 6798m en 2009 (c'était la première fois depuis 1981 que le parcours était raccourci). Les puristes, comme Jack Nicklaus, pourfendeur de ces golfs qui mesurent plus de 6500m, ont crié au scandale et ont affirmé qu'en agissant de la sorte les organisateurs avait dénaturé l'esprit d'Augusta et du golf, désormais territoire des seuls «bombardiers».

Mais à l'heure des clubs en titane, des balles de plus en plus rapides et des joueurs de mieux en mieux préparés physiquement, certains, y compris parmi les plus conservateurs (et il y en a dans le golf), ont jugé que cette parade était la meilleure pour (tenter de) calmer l'ardeur des plus furieux comme l'Espagnol Alvaro Quiros qui, lors de l'Open du Portugal, à Estoril, a envoyé un drive à plus de... 360m. N°1 à la longueur des drives sur le circuit européen (il drive en moyenne à 280m, soit une dizaine de mètres de plus que Tiger Woods), Quiros est même confronté au drôle de problème de, parfois, presque atteindre le groupe qui le précède sur un tournoi. Au-delà du souci de ces parcours contraints de s'adapter sans cesse, certains se posent carrément la question de savoir si les professionnels ne devraient pas utiliser du matériel moins sophistiqué qui limiterait les dégâts puisque les golfs ne sont pas indéfiniment allongeables pour des raisons évidentes de place.

Aujourd'hui, les nouvelles technologies pardonnent beaucoup à tous les joueurs, amateurs comme professionnels. Légers et plus maniables, les clubs actuels sont moins pénalisants que ceux d'hier qui ne supportaient aucune approximation sous peine de finir dans les arbres. Désormais, il n'est plus nécessaire de frapper idéalement pour aller loin et viser plus ou moins juste. D'autant que les balles sont désormais devenues des objets volant à très grande vitesse au plus grand désespoir de Jack Nicklaus, l'un des architectes de parcours les plus estimés dans le monde. Car selon Nicklaus, le péché du golf est niché au cœur des balles: «Si on laisse les balles évoluer sans limites, on va bientôt aller à l'église d'Augusta pour taper le premier drive du Masters», avait-il lâché un jour. Avant d'ajouter quelques années plus tard: «Le jeu ne cesse d'évoluer au fil des générations et c'est le cours normal des choses. Mais ce qui n'avait pas changé jusque-là, c'était les parcours eux-mêmes. Est-il imaginable pour des propriétaires de golfs de devoir constamment acheter du terrain supplémentaire pour satisfaire l'ego de fabricants de balles?»

Selon les gardiens du temple, le Royal & Ancient Golf Club en Ecosse, qui veille scrupuleusement sur les règles du golf, le problème n'existe pas vraiment. «Les nouvelles technologies ne changent pas grand-chose pour les joueurs comme vous et moi, a dit l'un de ses responsables. Ce que l'on peut seulement remarquer c'est que l'écart de niveau s'est accru entre les joueurs de l'élite et les joueurs moyens. Ce dont on parle ne touche vraiment que les professionnels et la grande majorité des parcours ne sont pas concernés.»

En augmentant les distances, les organisateurs de tournois commettent d'ailleurs peut-être une erreur médiatique majeure. Plus de longueur n'est pas forcément bon pour le spectacle car il réduit le champ des possibles vainqueurs de tournois aux seuls ultras puissants. Sans omettre que les spectateurs sont friands de birdies, d'eagles ou d'albatros que ces parcours trop difficiles rendent plus rares.

A Augusta, où l'on a donc fait un peu marche arrière lors de la dernière édition, on se rappelle aussi que Bobby Jones et Alister MacKenzie, les deux architectes à l'origine de ce bijou golfique, ont toujours considéré que c'était la forme, la vitesse et la complexité des greens qui défendaient en priorité un parcours. Et tout joueur le sait, qu'il ait le plus dérisoire des handicaps ou qu'il s'appelle Tiger Woods, c'est le petit jeu qui fait toujours la différence.

Yannick Cochennec

Image de Une: l'Irlandais Padraig Harrington avec Tiger Woods lors de la première journée le 13 août du PGA Championship de Chaska, Minnesota. REUTERS/Matt Sullivan

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