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Les femmes sont-elles prêtes à accepter la contraception masculine?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 11.09.2014 à 14 h 38

Un gel contraceptif pourrait être commercialisé d'ici 2017. On a l'habitude de dire que ce sont les hommes qui sont plutôt réticents à l'idée de limiter leur capacité reproductive. Mais l'opposition pourrait aussi venir de certaines femmes, qui estiment qu'on leur retirerait le droit de choisir de faire ou non un enfant.

A Tel Aviv en 2010. REUTERS/Gil Cohen Magen

A Tel Aviv en 2010. REUTERS/Gil Cohen Magen

Si l'idée d'une contraception masculine existe depuis bien longtemps, elle n'était jusqu'à présent jamais parvenue à des résultats assez satisfaisants pour être commercialisée. Mais la Parsemus Foundation, fondation qui entend se charger de faire avancer des projets médicaux négligés, a récemment annoncé une forme réversible de contraception masculine non-hormonale appelée Vasalgel, explique Jezebel. Contraception qui s'est révélée efficace lors d'une étude réalisée sur des babouins. Le communiqué présentant l'étude explique:

«Trois babouins se sont vus administrer du Vasalgel pendant six mois... Pour être sûr de l'efficacité, nous avons décidé de donner aux mâles la possibilité de s'accoupler avec des femelles, pour vérifier qu'aucune grossesse ne s'ensuivait. Chacun des trois babouins mâles a été installé dans un enclos avec 10 à 15 femelles (oui 10 à 15 chacun) il y a un mois. La bonne nouvelle? Aucune grossesse jusqu'à présent.»

Comment ça marche? C'est un gel contraceptif qui s'injecte dans le canal déférent (celui qui permet aux spermatozoïdes de sortir des testicules). «Le Vasalgel bloque les spermatozoïdes grâce à un polymère qui agit sur leur membrane», précise L'Express. 

Mais qui voudra de cette contraception masculine?

Les hommes, on le sait depuis longtemps, ne sont pas particulièrement enthouasiastes à cette idée[1]: 

«Le problème n’est pas que médical, expliquait en 2012, à Libération, Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial: Les freins sont bien plus profonds. Limiter la capacité reproductive des hommes fait peur: cela questionne leur rôle, celui des femmes, la fertilité, la virilité…»

La contraception masculine est plutôt une revendication féminine. Si vous êtes une femme hétérosexuelle en âge de procréer mais qui n'a pas envie de le faire, vous savez que prendre la pilule peut diminuer votre libido, vous faire grossir, vous coûter un peu d'argent, parfois beaucoup, qu'il faut y penser tous les jours et que votre iPhone qui sonne vers 23h quand vous êtes en train de regarder Vertigo pour la 152e fois, c'est pénible. Vous savez aussi que poser un stérilet peut être douloureux, que le retrait est une grande frustration. Et l'abstinence... Disons une frustration encore un peu plus grande, un poil trop grande pour être une méthode viable. 

Dans un article de 2011, la revue Sciences Humaines précisait que la revendication contraception masculine avait été portée dans un premier temps par des féministes des années 1970, mettant en avant les risques de la contraception hormonale et demandant un partage de ces risques par les hommes. Puis, «les inconvénients de la pilule ayant été partiellement atténués, on assiste, à partir des années 1980, au développement d'un second argumentaire par des porte-parole du féminisme américain et européen. La contraception masculine devient un enjeu de principe: il s'agit de mettre l'homme face à ses "responsabilités sexuelles et parentales"». 

Des réticences plus larges

La contraception masculine, un désir de femmes donc? Bah non. Un désir de seulement certaines femmes. 

Il y a quelques mois, lors d'un repas avec des amis, un débat surgit sur la contraception masculine. Etonamment, ce ne sont pas les hommes, mais les femmes qui se montrent réticentes. «La pilule, c'était un droit qu'on nous donnait, la pilule masculine serait comme si on nous retirait ce droit», m'explique l'une d'elles.

Nous étions six à participer au débat: quatre femmes et deux hommes, autour de la trentaine. Sur les quatre femmes, j'étais la seule à être absolument convaincue de l'intérêt de la contraception masculine, et du fait que c'était une avancée pour les femmes, et que la situation actuelle, dans laquelle nous gérions seule la possibilité de faire des enfants, était un poids pour nous, une déresponsabilisation des hommes, et in fine une injustice. (Les hommes n'étaient pas bien clairs ce qu'ils en pensaient.)

Au contraire, mes amies étaient persuadées que c'était un recul. La pilule féminine avait donné aux femmes le droit d'imposer leur volonté de faire ou non des enfants, le leur retirer signifierait donner aux hommes la possibilité, éventuellement en douce, d'empêcher les femmes d'avoir des enfants... Et de mettre des trentenaires désireuses de devenir maman dans des situations de blocage, parfois contre leur gré, voire dans leur dos.

Une autre me précise aujourd'hui:

«Je connais des hommes qui sont ravis d'avoir eu des enfants une fois que c'était fait (parce que c'est arrivé par erreur ou hasard) mais qui, si on leur avait laissé le choix, ne les auraient pas eus; il y a aussi des hommes qui sont avec des femmes de 40 ans, dont ils savent qu'elles veulent des enfants, alors qu'eux n'en veulent pas, et là ils pourront dire qu'ils ne prennent rien et prendre leur contraceptif en douce, alors que le préservatif au moins, ça se voit. Il y a plein de cas de mecs honnêtes et amoureux, et là c'est bien d'être sur un pied d'égalité, mais ce n'est pas toujours le cas.»

Cette conception des choses me paraît relever d'une perception sexiste des choses, mais me semble encore assez courante.

Il y a effectivement des hommes qui ne veulent pas devenir pères, et ils sont un peu plus nombreux que les femmes (6,3% des hommes et 4,3 % des femmes ne veulent pas d'enfants en France, selon l'enquête «Fecond» de l'Ined réalisée en 2010 et rapportée par Lemonde.fr –des proportions stables depuis une vingtaine d'années). Mais cette conception de l'homme immature qui ne veut pas d'enfants, qui en veut tard, qu'il faut forcer, est fausse. Par exemple, cet été, un sondage britannique publié par Vouchercloud et relayé par Madame Figaro expliquait que «la femme n'est pas toujours, comme on l'imagine souvent, désireuse d'enfants depuis tout petite» et surtout «les hommes britanniques se voient devenir père à 29 ans, quand les femmes, elles, se voient materner à 32 ans».

Déjà en 2005, Le Parisien expliquait, à l'issue du 25e congrès international de la population, qu'en France «les hommes partagent globalement le désir des femmes. Elles voient à peine légèrement plus grand: 2,7 pour elles, 2,5 pour eux. Et quand on leur demande non plus ce dont ils rêvent, mais ce qu'ils pensent avoir réellement, les Français et les Françaises répondent exactement la même chose: 2,3 enfants en moyenne».

Il est donc peu vraisemblable que les hommes se servent de la contraception masculine, quand elle sera commercialisée, comme une manière de piéger les femmes désireuses d'avoir des enfants. Mais ils ne seront donc pas les seuls qu'il faudra convaincre de partager cette responsabilité. On peut s'y mettre dès maintenant: la fondation Parsemus espère se lancer dans les tests humains dès 2015, et, «si tout va bien et avec assez de soutien public», ils espèrent une mise sur le marché de Vasalgel d'ici 2016-2017.

1 — La question fait d'ailleurs l'objet d'une thèse d'une étudiante française en médecine qui invite les internautes à répondre à un questionnaire en ligne (de manière anonyme) Retourner à l'article

 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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