Culture / Société

La résistance sur couverture: la vie sous Pinochet brodée par des Chiliennes

Temps de lecture : 2 min

«Disobedient Objects»
«Disobedient Objects»

Après l’arrivée au pouvoir d’Augusto Pinochet au Chili le 11 septembre 1973, à la suite d'un coup d’Etat, son gouvernement militaire a exécuté, fait «disparaître», ou torturé des milliers de citoyens. Une exposition intitulée «Disobedient Objects» (objets de désobéissance), actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres, contient quelques exemples d’arpilleras: des courtepointes (quilts en anglais) brodés par des femmes chiliennes pour dénoncer les injustices du régime.

La plupart des personnes qui ont disparu sous Pinochet étaient des hommes, et leur absence a provoqué beaucoup d’insécurité économique pour les femmes de leurs familles. Les arpilleras ne représentent pas uniquement l’aspect sanglant du régime, elles illustrent aussi les privations et humiliations de la vie quotidienne.

L’Eglise catholique, qui était opposée au régime, organisait des ateliers pour que les femmes puissent créer ces couvertures, et fournissait souvent le tissu et les fils. L’Eglise vendait ces arpilleras à l’étranger, et redistribuait ensuite l’argent récolté aux femmes. Le gouvernement a fini par interdire la possession et l’exposition des arpilleras, mais beaucoup ont continué à en faire à l’étranger.

Le Royal Alberta Museum, au Canada, a une exposition en ligne sur le mouvement des arpilleras. On peut trouver d’autres exemples d’arpilleras dans le blog de l’anthropologue et journaliste Margaret Snook.

L’histoire de Carmen Gloria Quintana et Rodrigo Rojas, deux manifestants adolescents torturés et brûlés en 1986. Rojas est mort; Quintana, qui a subi des brûlures sur 67% de son corps, a eu plusieurs opérations de chirurgie réparatrice au Canada. Elle est ensuite revenue au Chili, où elle est devenue un symbole de résistance au régime.

Un quartier en train d’être fouillé (allanamiento).

Des manifestantes, pancartes à la main. Messages traduits, en haut de gauche à droite: «Salud digna para todos» («Soins médicaux pour tous»), «Las mujeres reclamamos los derechos» («Les femmes demandent leurs droits»), «Leche para nuestros hijos» («Du lait pour nos enfants»). En bas de gauche en droite: «Si los mujeres no estan, la democracia no va» («Sans les femmes, il n’y a pas de démocratie»), «Pan, trabajo, y libertad» («Pain, travail et «No mas carceles» («Plus de prisons»), «Educacion para nuestros hijos» («Education pour nos enfants»).

Les femmes d’un quartier s’associent pour acheter ensemble des aliments de base à bas prix afin d’avoir plus à manger. Ces coopératives s’appellaient «Comprando Juntos» («Acheter ensemble»).

Une arpillera pour dénoncer l’exil forcé des proches –un phénomène commun à cette époque.

Une arpillera colombienne tirée de l’exposition «Disobedient Objects» montre que ce type de courtepointe a traversé les frontières depuis les années Pinochet. Cette arpillera est une collaboration entre quinze femmes qui ont été obligées de quitter leurs maisons après une attaque des paramilitaires dans le village de Mampujan, le 11 mars 2000.

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