Égalités / France

En quoi la relation qu'entretiendrait Aurélie Filippetti avec Arnaud Montebourg changerait quoi que ce soit à ses choix politiques?

Temps de lecture : 2 min

Une femme ne perd pas son cerveau quand elle fréquente un homme.

Aurélie Filippetti à Avignon le 16 juillet 2014. REUTERS/Philippe Laurenson
Aurélie Filippetti à Avignon le 16 juillet 2014. REUTERS/Philippe Laurenson

Il semblerait qu'Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg soient en couple. Et puisqu'il n'y a pas, a priori, de conflit d'intérêts en jeu ou de collusion entre deux mondes posant peut-être problème, il n'est pas tout à fait certain que cela mérite davantage qu'un article dans Paris-Match, qui nous apprend la nouvelle.

Mais admettons que les journaux plus politiques, comme Le Point vient de le faire, décident de s'emparer de l'affaire: s'il vous plaît, ne vous lancez pas, encore, dans des articles sexistes.

C'est un peu comme les unes sur les hôpitaux et l'islam sans gêne, on est habitués, mais ça reste pénible.

Monsieur Jourdain de la misogynie

Mais c'est quoi un article sexiste? (On ne sait jamais peut-être que ceux qui les écrivent sont des Monsieur Jourdain de la misogynie). Un article sexiste, c'est par exemple un article qui explique, comme celui du Point:

«On voit désormais sous un jour nouveau le soutien inattendu de l'ancienne ministre de la Culture à Montebourg, après ses déclarations lors de la fête de la Rose à Frangy, où il avait publiquement pris position contre la politique économique du gouvernement, ou encore leur départ concomitant du gouvernement.»

Oui, la socialiste qui a fréquenté un chiraquien, ne partageant sans doute pas un certain nombre de ses convictions, ne serait plus capable, soudain, de ne pas partager les idées de l'homme qu'elle fréquente. Et ne le soutiendrait que parce qu'elle couche avec lui. Il ne peut s'agir de l'inverse.

Un commentaire sexiste peut être aussi ceci:

Luc de Barochez, rédacteur en chef numérique de L'Opinion, pense que le départ de Filipetti du gouvernement est un geste d'amour pour Montebourg. Elle n'allait quand même pas décider toute seule de partir, la gourde. Les vagins avalent l'indépendance.

Elle ne pouvait pas, tout simplement, partager l'opinion de Montebourg. Elle ne pouvait pas, comme elle l'avait pourtant écrit dans se lettre au Président et au Premier ministre, réaffirmer, en partant, «la loyauté à [s]es idéaux»...

L'éternel sexisme

En 2010, Audrey Pulvar, alors en couple avec Arnaud Montebourg, se plaignait de la façon dont était malmenée sa carrière en raison de sa vie privée, et publiait une tribune dans Libération dans laquelle elle écrivait:

«Ainsi donc (...) aujourd’hui, une femme serait encore condamnée à penser comme et par son compagnon (...). La femme, cet être fragile et émotif comme chacun sait, pas assez autonome pour affronter seule une éventuelle attaque (verbale!) d’un interlocuteur malhonnête, pas assez armée pour faire la part entre sa vie privée et son engagement professionnel? Un cerveau in-disponible en quelque sorte, parce que colonisé par celui de l’homme qu’elle aime… La question ne concerne pas que moi. Elle est le quotidien de milliers de femmes ayant réussi, à force de travail, à construire une carrière, à exercer des responsabilités, à porter l’image d’une grande entreprise, d’un groupe, d’un parti politique. Un procès permanent en incompétence, manque de maîtrise ou hystérie.»

Et quatre ans plus tard, encore aujourd'hui.

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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