Culture

La pop culture américaine fait une fixation sur les grosses fesses

Temps de lecture : 2 min

Extrait du clip de «Booty» de Jennifer Lopez.
Extrait du clip de «Booty» de Jennifer Lopez.

«Si tu aimes les grosses fesses, lève les bras!», chantent Jennifer Lopez et Iggy Azalea dans Booty.


«Oh mon Dieu, regarde son cul», répète frénétiquement Nicki Minaj dans Anaconda.

«Ses fesses sont comme une Cadillac», chante Jesse J dans Bang Bang.

Cette année, la plupart des tubes de l’été étaient des célébrations peu subtiles des derrières rebondis. Dans les clips, le string est de rigueur et les chorégraphies sont essentiellement des acrobaties fessières, dont le fameux «twerking», désormais interdit dans les boums de certains lycées américains.

Même le monde de la bande dessinée est contaminé par ce fétiche: dans la récente couverture du Spider Woman de Marvel, la caractéristique la plus remarquable de la super-araignée, ce sont ses fesses haut placées, avec les buildings de New York en toile de fond.

Fin août, à la cérémonie des Emmy Awards, l’actrice de la série Modern Family Sofia Vergara avait été placée sur un piédestal tournant qui permettait au public d’admirer sa chute des reins. C'était une blague, mais qui est assez mal passée.

L’amour des derrières bombés n’est pas un leitmotiv nouveau dans la pop culture américaine –Anaconda est le remix d’une autre chanson pro-fesses, Baby Got Back, sortie en 1992– mais il est indéniable qu’on assiste à un regain d’intérêt pour cette partie du corps.

Afin de percer le mystère de la relation qu’entretient l’Amérique avec les gros culs, une journaliste de Salon.com a interviewé un expert en la matière, Kurt Holland, qui vient de réaliser un documentaire sur ce sujet. Pour lui, les pionniers du clip plein de fesses sont 2 Live Crew, un groupe de hip hop de Miami populaire vers la fin des années 1980; et, pour le grand public, c’est Jennifer Lopez qui a lancé la tendance.

Il explique qu'historiquement, certaines Afro-Américaines aux courbes prononcées étaient exposées dans les foires. Selon lui, le fait que la fesse rebondie soit vu comme quelque chose de désirable, et pas un objet de moquerie, est une bonne chose pour les noires américaines.

Pourtant, il suffit de regarder quelques clips sur YouTube pour douter qu'il s'agisse d'un véritable progrès. L’année dernière déjà, la représentation des derrières avait atteint le summum du grotesque. Pour le clip de leur tube Can’t Believe It, Flo Rida et Pitbull évoluaient dans une sorte de Disneyland des fesses, avec des fesses géantes en toile de fond et des dizaines de fesses parsemées dans un paysage fantasmé où tout est fesse.

«Les fesses ont developpé une sorte d’existence parallèle, complètement indépendante des femmes auxquelles elles sont attachées…Les gros derrières qui gigotent –et donc les femmes qui les possèdent– sont devenues des accessoires dans les clips», écrivait une journaliste de Jezebel.

Certains optimistes trouvent positif que les courbes soient ainsi célébrées, plutôt que la maigreur rachitique des mannequins. Sauf que les fesses à la Nicki Minaj sont gonflées artificiellement. De 2012 à 2013, le nombre d'opérations de pose d'implants fessiers a augmenté de 16% aux Etats-Unis, et certaines sont illégales et dangereuses.

Le seul progrès, si on veut en trouver un, semble être que la fesse gigotante comme décoration de clip est maintenant utilisée par des chanteuses, et plus seulement par des hommes en costume entourés de danseuses en string.

Slate.fr

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