Parents & enfants / Égalités

Avoir un enfant est bon pour votre carrière (si vous êtes un homme)

Temps de lecture : 2 min

Deux études établissent un lien direct entre parentalité et salaires: si devenir père augmente les chances d’être engagé ou de gagner plus d’argent, devenir mère ralentit une carrière professionnelle de manière très concrète.

Un enfant marche avec l'aide de son père, en Corse, le 28 août 2007. REUTERS/Bogdan Cristel.
Un enfant marche avec l'aide de son père, en Corse, le 28 août 2007. REUTERS/Bogdan Cristel.

En France, selon le baromètre du le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT), une femme salariée sur quatre s’est déjà sentie lésée dans sa vie professionnelle en raison de sa maternité. Aux Etats-Unis, un quart des mères se sentent discriminées pour les mêmes raisons. Des discriminations de salaires et de traitement qui peuvent s’exercer lors d’un entretien d‘embauche, au retour d’un congé maternité et même tout au long d’une carrière.

Deux études récentes, mises en avant par le New York Times, confirment que les mères sont effectivement lésées, mais elles révèlent surtout, qu’à l’inverse, un homme qui devient père va pouvoir, lui, en tirer des bénéfices.

Michelle Budig, professeur de sociologie à l’université d'Amherst (Massassuchets) a analysé les données recensées entre 1978 et 2006 par le National Longitudinal Survey of Youth, sorte de vigie du marché du travail.

Cette analyse, publiée ici, révèle que le salaire des hommes, quand ils deviennent pères, augmente de 6%. Tandis que les femmes, elles, perdent 4% de revenus à chaque enfant.

Pour Michelle Budig, l’une des explication à ces disparités, c’est la vision réactionnaire et passésiste de nombreux patrons:

«Dans l’esprit des employeurs, les pères sont plus stables et plus investis dans leur travail, ils ont une famille à charge et ne peuvent pas se permettre de se disperser. C’est l’exact opposé de la manière dont les mères qui travaillent sont trop souvent perçues. Dans l’imaginaire collectif, elles travaillent moins et sont plus facilement distraites».

Pour prouver le fait que ces inégalités résultent bien d‘idées reçus et non de différences de compétences, Michelle Budig a bien pris en compte les facteurs tels que le niveau d’étude ou le nombre d’heures travaillées: à compétences et disponibilités égales, les femmes sans enfants gagnent 96 cents pour chaque dollar gagné par un homme, tandis que les mères gagnent à peine 76 cents, creusant ainsi un écart qui existait déjà.

Une deuxième étude confirme que les employeurs ont généralement tendance à accorder d’emblée aux pères de nombreuses qualités, tout en envisageant les mères comme source de probèmes.

Shelley J. Correl, professeur de sociologie à l’Université de Stanford, a envoyé à des centaines d’employeurs des fausses candidatures d’hommes et de femmes de parcours et d’expériences relativement similaires. Sur certains des CV, une ligne faisaient référence au fait que le candidat (homme ou femme) était membre d’une association parents-professeurs (suggérant de fait que le candidat en question est parent). Là aussi, les clichés sont suivis d’effets implacables: les candidates censées être mères de famille ont eu 50% moins de chances d’être rappelées par l’employeur, tandis que les pères supposés auraient été, eux, plus sollicités que les hommes célibataires sans enfants.

L’étude conclut alors que pour un employeur, le salarié idéal est, dans cet ordre là: les hommes pères de famille, les femmes sans enfants, les hommes sans enfants, en en queue de classement, les femmes avec enfants.

A défaut de pouvoir changer les mentalités et en attendant que la pédagogie fasse son oeuvre (la Commission américaine pour l’égalité des chances au travail a publié mi-juillet un guide complet sur le sujet), Shelley J Correl estime que «le seul espoir de se débarasser des effets de ces préjugés, ce sont des politiques qui inciteraient les gens à assimiler l’idée que l’on a le droit d’avoir des enfants ET de travailler».

D’ailleurs, comme le souligne le New York Times, en Allemagne, où rien ou presque n’est prévu pour faciliter le retour au travail après un congé maternité, l’écart de salaires entre hommes et femmds est conséquent. Tandis qu'en Suède, pays autrement plus en pointe sur les questions de parité, les femmes sont largement moins pénalisées par leurs grossesses.

Slate.fr

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