Le «Bierbike», symbole du tourisme de masse et objet de haine à Berlin

Bierbike / Harold R. Cologne via Flickr CC License by.

Bierbike / Harold R. Cologne via Flickr CC License by.

Bien qu'un tiers des habitants des quartiers branchés de Kreuzberg et Friedrichshain s'en plaignent, 88% des Berlinois, tous quartiers confondus, sont favorables au développement du tourisme dans leur ville. C'est ce qui ressort d'une enquête menée par l'agence touristique Visit Berlin, à laquelle a eu accès le Berliner Zeitung.

Mais si la plupart des Berlinois se disent fiers que leur ville attire des visiteurs du monde entier –plus de 5,5 millions de touristes s'y sont rendus durant le premier semestre 2014, soit 4,4% de plus que l'an dernier sur la même période–, ils n'en restent pas moins agacés au quotidien par les effets secondaires du tourisme de masse: hordes de touristes se déplaçant bruyamment dans les rues de la ville et laissant souvent dans leur sillage papiers gras et mégots, graffitis «Donatien was here» et vieux chewing-gums collés sur les pans du Mur de Berlin encore debout, cadenas d'amour par paquets, bières renversées et flaques d'urine...

Ces dernières années, une attraction touristique du quartier de Mitte est d'ailleurs devenue à elle seule le symbole de ces travers: les «Bierbikes» (les «vélos à bière») et leurs groupes de touristes majoritairement masculins et jeunes, ivres et braillards, qui pédalent joyeusement en éclusant des bières aux abords de la Porte de Brandebourg. Ces tavernes mobiles sont de grands triporteurs agrémentés d'une longue table équipée d'une tireuse à pression autour de laquelle seize convives peuvent prendre place et boire de la bière à volonté, tout en pédalant frénétiquement pour faciliter la tâche du chauffeur placé à l'avant. Chaque engin pèse en effet plus d'une tonne. En général, la makina commerciale crachée par les enceintes des Bierbikes parvient à peine à couvrir les cris des participants.

C'est ce qui fait dire à Burkhard Kieker, directeur de Visit Berlin, dont le quotidien berlinois rapporte les propos au discours indirect libre:

«Des offres telles que les Bierbikes, qui circulent à travers Mitte, sont une catastrophe pour l'image de Berlin.»

La rubrique «code d'honneur» du site internet de l'entreprise allemande BierBike GmbH révèle en creux à quoi peut ressembler une virée à bord d'un Bierbike: «10 litres de bière par heure suffisent absolument, aussi lors que le Bierbike est plein avec 16 personnes à son bord», «nos chauffeurs sont tenus d'interrompre le parcours immédiatement en cas d'urinage sauvage», «lorsque les chants tournent aux braillements insistants, voire que des passants sont apostrophés, la fête est finie!»

Selon le quotidien Die Welt, le dégoût suscité par cette attraction touristique à la beaufitude prononcée dépasse la seule capitale allemande: d'après lui, les Bierbikes seraient un «objet de haine à travers l'Allemagne». Leur circulation a d'ailleurs été interdite dans tout le pays par le Tribunal administratif fédéral en 2012 et les villes qui, comme Berlin, continuent de tolérer leur présence dans les lieux touristiques doivent fournir des autorisations spéciales aux entreprises concernées. Toutefois, la mairie du quartier de Mitte cherche désormais à interdire aux Bierbikes l'accès aux rues les plus touristiques du centre-ville.

Partager cet article