France / Société

«Se soumettre ou se démettre»: le FN s'est trouvé un nouvel auteur favori, Léon Gambetta

Temps de lecture : 2 min

Léon Gambetta, via Wikimédia Commons.
Léon Gambetta, via Wikimédia Commons.

On savait déjà le Front national fan de Jaurès. Il semblerait désormais que Marine Le Pen se soit trouvé un nouvel auteur favori: Léon Gambetta.

Le 2 septembre, la présidente du FN évoquait sur France Info la possibilité d'une cohabitation avec François Hollande en cas de victoire lors de législatives anticipées:

«Il inaugurera, il commémorera, il fait ça très bien. Et moi je déterminerai et je conduirai la politique de la nation avec le gouvernement que les Français auront décidé. Il se soumettra ou il se démettra!»

Rebelote le 4 septembre, dans un entretien au Monde:

«Constitutionnellement, c'est le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation. Le président de la République, lui, se soumettra ou se démettra. Et je pense qu'il choisira la deuxième solution car il ne supportera pas que la politique menée soit radicalement différente de la sienne.»

Et rebelote ce mardi 9 septembre, dans un entretien à LCI et Radio Classique:

«Je pense que le Front national peut arriver au gouvernement. Je serai chef d'un gouvernement qui déterminera la politique que les Français veulent voir mener. Soit le président se soumettra, soit il se démettra.»

Selon Valeurs actuelles, elle emploie également l'expression en interne, au bureau politique du FN. Et l'élément de langage fait apparemment des petits, puisque son ancien rival pour la présidence Bruno Gollnisch l'a repris:

«Si le Front national, éventuellement avec des alliés, gagnait les élections, bien évidemment le président de la République serait tenu d’investir un tel gouvernement. A ce moment-là, il devra se soumettre ou se démettre.»

Comme l'a déjà pointé Le Lab d'Europe 1, l'expression fait référence à un des plus célèbres discours de la vie politique française, celui prononcé par Léon Gambetta à Lille, le 15 août 1877:

«Quand la seule autorité devant laquelle il faut que tous s’in­clinent aura prononcé, ne croyez pas que personne soit de taille à lui tenir tête. Ne croyez pas que quand ces millions de Français, paysans, ouvriers, bourgeois, électeurs de la libre terre française, auront fait leur choix, et précisément dans les termes où la question est posée; ne croyez pas que quand ils auront indiqué leur préférence et fait connaître leur volonté, ne croyez pas que lorsque tant de millions de Français auront parlé, il y ait personne, à quelque degré de l’échelle politique ou administrative qu’il soit placé, qui puisse résister.

Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre.»

Au-delà de l'expression en elle-même, c'est le contexte du discours qui est intéressant.

Léon Gambetta attaque alors le maréchal Mac Mahon, président de la République depuis 1873 mais monarchiste, qui a imposé un chef du gouvernement très conservateur, Albert de Broglie, à la majorité républicaine de la Chambre des députés, avant de dissoudre. En octobre 1877, cette majorité républicaine sera reconduite lors des législatives anticipées et Mac Mahon forcé de se «soumettre» en nommant un président du Conseil conforme aux vœux des députés. Avant de se «démettre» un peu plus d'un an plus tard, lors du basculement du Sénat à gauche. Un épisode resté symbolique de l'enracinement du régime républicain en France.

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En reprenant en boucle cette phrase, Marine Le Pen se place donc, face à un président jugé immobile, dans la peau du républicain respecté, défenseur de la patrie lors de la guerre de 1870, dont tant de places et d'avenues en France portent le nom et dont le coeur repose aujourd'hui au Panthéon. Prête à gouverner dans le strict respect des institutions, comme l'ont fait la droite et la gauche lors des précédentes cohabitations. Comme si le FN cherchait à dire: êtes-vous plus républicaine qu'elle?

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