Comment le doigt dans l'anus de Valérie Trierweiler s'est retrouvé dans la bouche de Jean-Marie Le Pen

Arschmänner (2004), Atelier van Lieshout Rotterdam, CC BY-SA FaceMePLS

Arschmänner (2004), Atelier van Lieshout Rotterdam, CC BY-SA FaceMePLS

Ecrire des bêtises sur l'ex-couple présidentiel, faire marrer Internet, être pris au premier degré par le fondateur du Front national: retour sur le parcours d'une blague potache.

Mercredi 3 septembre, veille de la sortie en librairie de Merci pour ce moment, le fameux livre surprise de Valérie Trierweiler sur ses 20 mois d'occupation d'un plan Airbnb de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Les bonnes feuilles ont commencé à circuler, et je me demande alors comment la journaliste de Paris-Match gère ce joli coup d'édition sur son compte Twitter, bien connu des amateurs du hashtag #BringBackOurGirls.

A-t-elle opté pour une autopromotion infernale à base de retweets d'articles de presse sur son bouquin? Se justifie-t-elle de sortir pareil ouvrage alors même que le premier quinquennat (ok, l'unique, soyons réalistes) de son ex n'est pas encore achevé ?

Rien de tout ça, en fait. A ma grande surprise, son dernier tweet remonte alors au 1er septembre (c'est encore le cas aujourd'hui) et encense un tout autre ouvrage sorti fin avril: Khomeiny, Sade et moi, signé par la journaliste d'origine iranienne Abnousse Shalmani. Le timing a de quoi nous interroger: loin de moi l'idée de mettre en doute l'intérêt de l'ouvrage de Shalmani, mais tout ceci sent à plein nez la mise en retrait hypocrite, façon «non, je ne parlerai pas ici de mon livre, d'ailleurs tenez, cette courageuse journaliste en a sorti un bien plus important, lisez-donc pauvres mortels».

Une fausse pudeur qui, mixée à trois pintes de bière un peu trop hâtivement englouties, m'inspire alors une blague potache torchée à la va-vite où «il est question d'oignon», comme dira plus tard Le Parisien.

Le court texte est imprimé, photographié puis partagé tardivement sur Twitter où j'espérais au mieux faire rire une centaine de noctambules amateurs d'humour gras:

Fautes de frappe, erreur factuelle sur la date, non respect de la typographie et registre de langage tout simplement inimaginable dans pareille publication: l'aspect fake est entendu et le doute n'est pas permis pour qui a déjà ouvert un livre dans sa vie. Ah ah, naïf que j'étais, comme dirait un électeur de Hollande.

L'affolant nombre de retweets puis de partages sur Facebook (souvent sans autre contextualisation que «pioché dans le Trierweiler») a évidemment offert à cette plaisanterie une audience pas vraiment attendue.

Faut-il d'ailleurs en rire ou en pleurer, mais en huit ans de journalisme en ligne, je n'ai jamais pondu un texte aussi lu et partagé que cette chose griffonnée en quatre minutes avec un coup dans le nez. Ouais, il faut en pleurer, en fait.

Sans surprise, quelques esprits crédules ont pris la chose pour argent comptant, me donnant par instant une grosse envie de revoir le film Idiocracy (ou de me réorienter dans la communication politique).

Rien de si extraordinaire en termes de retentissement médiatique (même si ma connerie avait fait son petit chemin jusqu'aux couloirs de l'Assemblée nationale) jusqu'à ce que je tombe des nues –mais vraiment, cette fois– en découvrant lundi midi Jean-Marie Le Pen, interrogé dans La Nouvelle Edition de Canal+.

Il y déclare sans pression avoir lu «des extraits pornographiques» dudit bouquin:

 

Contacté dans la foulée par LeLab d'Europe 1, Le Pen a un éclair de lucidité (ou un conseil de son communicant), précisant:

«Je me demande si je n'ai pas été trompé par une citation qui était sur le Net et dont je n'ai pas vérifié la réalité. C'était paru sur le Net en disant que le président lui avait mis un doigt dans le cul. Dans l'anus. Encore une fois, comme je ne l'ai pas lu, et que je me méfie de ce qui paraît sur Internet... J'ai peur que ce soit une tromperie.»

Que le fondateur du FN puisse être berné par n'importe quelle connerie écrite par le premier venu n'est pas une nouvelle en soit –j'ai écrit cette phrase en écoutant du Sinsemilia, pour info– mais les proportions prises par la chose oscillent désormais entre hilarité totale et tristesse absolue. Devant régulièrement dégonfler les hoax politiques en PowerPoint que me forwarde ma mère, l'idée qu'un contenu potache fictif fomenté par mes soins ait pu virer en canular politique me chiffonne un peu. Du moins jusqu'à ce que j'en perçoive les bienfaits.

En effet, la bourde de Le Pen ne pouvait pas mieux tomber: en donnant à ce fake l'éclairage médiatique (de 20 Minutes à Télé Loisirs en passant par Metronews, BFM, LesInrocks, etc) qui lui faisait défaut jusqu'alors, diffusion centralisée sur les réseaux sociaux oblige, il a permis d'entériner une fois pour toutes son caractère potache et fictif. Il y a une semaine, j'aurais pensé qu'une telle étape de vérification massive aurait été superflue. C'est désormais moins le cas.

Surtout qu'on m'a depuis signalé sur Twitter des réactions totalement disproportionnés de certains libraires en réaction à cet #AnusGate!!

 

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