Monde

Le seul camp qui vaille au Proche-Orient est celui des pro-israélo-palestiniens

Ygaël Attali, mis à jour le 09.09.2014 à 9 h 30

La similaire tonalité des chants de triomphe respectifs du Hamas et de Benjamin Netanyahou devrait nous interroger: aujourd'hui, la ligne de partage passe entre les belliqueux jusqu’au-boutistes et le camp de la paix.

Une colombe au-dessus de la mosquée al-Aqsa. REUTERS/Ammar Awad.

Une colombe au-dessus de la mosquée al-Aqsa. REUTERS/Ammar Awad.

Deux semaines se sont écoulées depuis la signature du cessez-le-feu illimité mettant fin à une nouvelle guerre israélo-palestinienne qui a fait plus de 2.200 morts, 10.000 blessés et laissé des quartiers entiers dévastés. Alors que le chef du mouvement islamiste Hamas, Khaled Mechaal, chante sa «victoire», le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou clame son «succès».

Leurs claironnements ne recouvrent pas les cris des milliers de victimes et leurs discours farouches n'éclipsent guère la réalité du conflit, source débordante de larmes et de rancœurs. La similaire tonalité de leur chant de triomphe respectif devrait nous interroger: ce concerto macabre rythmé par des tirs, bombes, et roquettes qui se répondent successivement semble être un mouvement d'une composition éternelle.

Tandis que s'opposent, parfois avec véhémence, pro-israéliens et pro-palestiniens, il semblerait que les deux camps véritablement présents sur le terrain soient celui des belliqueux jusqu’au-boutistes et celui de la paix. Le premier ne reconnaît ni la légitimité de chacun des peuples à avoir une terre et un État, ni la nécessité de faire des concessions territoriales. On clame que le peuple palestinien serait une invention contemporaine sans fondements et que les Israéliens n'ont aucun droit sur ces terres. On rêve d'une Palestine de la mer Méditerranée au fleuve du Jourdain ou encore d'un Grand Israël incluant la Cisjordanie et Gaza. On martèle que l'on défend son peuple contre les ennemis extérieurs et les collaborateurs intérieurs alors que l'unique stratégie est celle de la force. La construction de tunnels et de murs, de barrières et de colonies remplace dans ce camp toute volonté d'édification de ponts.

A cette conjuration des imbéciles prônant une pureté ethnico-religieuse et s'alarmant sans cesse de la menace provenant de l'Autre s'oppose le camp commun de la paix. Or, chaque bombe, chaque roquette et chaque mort l'affaiblissent considérablement, en renforçant les sentiments de défiance de d'impuissance.

Alors que de multiples sondages soulignent la volonté majoritaire de chacun des peuples d'une cohabitation pacifique et l'acceptation de la coexistence de deux États; alors que la vaste majorité de la communauté internationale soutiendrait cette solution et que de nombreux pays arabes s'y affirment favorables; alors que l'on connaît depuis longtemps les possibles échanges territoriaux pour une coexistence durable, la voix de la paix semble porter moins loin que les cris guerriers.

Le conflit est coûteux en vies humaines, mais pas seulement: les sommes faramineuses dépensées pour l'armée israélienne ou les constructions dans les colonies, et les fortunes employées pour acheter des roquettes ou creuser des tunnels pourraient servir à construire une Palestine indépendante forte et à renforcer un modèle social israélien en difficulté. La région est dotée d'atouts stratégiques non négligeables qui pourraient profiter aux deux populations, au niveau touristique, agricole ou encore dans le secteur des nouvelles technologies. Ceux qui se disent sincèrement pro-israéliens ou pro-palestiniens devraient se tourner vers cet horizon commun au lieu de renforcer le pôle de l'autodestruction mutuelle.

Mahmoud Abbas et de nombreux responsables du Fatah ont choisi le chemin long et difficile de la non-violence. Du côté israélien, le centre, la gauche, et une partie de la droite seraient prêts à faire d'importants compromis en vue d'une paix durable. En face, on observe la poursuite effrénée des constructions dans les colonies et la mise en place de tunnels permettant d'organiser attentats et enlèvements.

Sommées de choisir leur camp, la France et l'Union européenne doivent, sans hésitation, adopter celui de la paix. Le combat n'est pas entre Israéliens et Palestiniens mais entre le camp tendu de la division et celui, serré, de la réconciliation. Plus le premier est au pouvoir des deux côtés, plus ses prophéties deviennent auto-réalisatrices.

L'abdication à la logique destructrice de l’œil pour œil devrait laisser place à celle d'une clairvoyance critique contre les excès des deux camps. Aujourd'hui, un véritable pro-israélien ou pro-palestinien devrait s'autoproclamer pro-israélo-palestinien, puisque les intérêts réels des deux nations se joignent et que, du talion au tarissement des haines, il n'y a qu'un pas qu'eux seuls pourront franchir. Le Janus guerrier doit impérativement laisser place au Janus israélo-palestinien: n'oublions pas que si ce dieu romain est celui de la Porte, il est aussi celui de la clé.

Ygaël Attali
Ygaël Attali (1 article)
Doctorant en théorie politique à Sciences Po Paris (Cevipof).
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