Une liste des démentis, justifications et excuses formulés par la Russie depuis le début de la crise en Ukraine

Vladimir Poutine, le 3 septembre 2014. REUTERS/B.Rentsendorj.

Vladimir Poutine, le 3 septembre 2014. REUTERS/B.Rentsendorj.

Moscou a même impliqué les Illuminatis ou des soldats se battant sur leur temps de vacances dans ses actions.

Le 5 septembre, un cessez-le feu provisoire entre l'Ukraine et les séparatistes entrait en vigueur. Quelques minutes plus tard, la presse recevait un email des rebelles, qui se baptisent eux-mêmes «Novorossiya» («Nouvelle Russie»), les invitant à assister à une conférence de presse à Moscou expliquant pourquoi l'Ukraine viole le cessez-le-feu. Pendant ce temps-là, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, publiait un communiqué expliquant en quoi l'Otan est une menace au processus de paix.

Vladimir Poutine est passé maître dans l'art de changer de sujet. Il faut beaucoup de talent pour faire du soutien de la Russie à Bachar el-Assad une défense du droit international. Ou pour justifier l'arrestation de musiciens de rock dissidents comme une victoire sur l'antisémitisme. Mais l'implication militaire croissante de la Russie en Ukraine lui a fourni une occasion, avec ses alliés, de faire de sa façon de justifier ses actions ou noyer le poisson une oeuvre d'art. Petite sélection.

26 février: Poutine ordonne des exercices militaires près de la frontière ukrainienne sous le prétexte de protéger les droits des populations russes en Crimée.

28 février: la Russie envahit la Crimée... en quelque sorte. Alors que des hommes masqués et armés s'emparent d'installations militaires clés dans la région, Moscou dément lancer une offensive militaire. Pendant ce temps-là, le Parlement russe examine une loi facilitant le rattachement de territoires au cas où, pour une raison quelconque, un pays étranger se trouverait «ne pas avoir d'autorité souveraine effective» dessus.

1er mars: la chambre haute du Parlement russe approuve l'usage de la force armée en Ukraine. Une mesure qu'un de ses membres justifie par le désir de «protéger la population de la Crimée de l'anarchie et de la violence».

18 mars: après un référendum par lequel 96,7% des habitants de la Crimée ont approuvé le rattachement à la Russie –le maintien au sein de l'Ukraine ne faisait pas partie des options proposées–, Moscou annexe son territoire. «Dans nos coeurs, nous savons que la Crimée a toujours été une partie inaliénable de la Russie», explique Poutine.

6 avril: les rebelles pro-russes s'emparent de bâtiments gouvernementaux dans des villes de l'est de l'Ukraine, Donetsk, Louhansk et Kharkiv (ils seront repris par les forces ukrainiennes deux jours plus tard). La Russie explique que sa présence à proximité des rassemblements pro-russes, à l'occasion d'exercices militaires le long de la frontière, est en conformité avec le droit international. Le gouvernement ukrainien affirme que la Russie finance les rebelles, ce que Moscou dément.

14 avril: Poutine et Obama ont un entretien téléphonique. Le dirigeant russe, qui continue de démentir jouer un rôle aux côtés des rebelles, enjoint son homologue américain d'exercer des pressions sur l'Ukraine pour qu'elle cesse d'utiliser la force.

15 avril: Poutine explique à la chancelière allemande Angela Merkel que l'Ukraine est au bord de la guerre civile et que la responsabilité de ce problème incombe à Kiev.

17 avril: Poutine finit par admettre la présence de troupes russes en Crimée, et ajoute qu'il espère qu'il n'aura pas à utiliser les pouvoirs que lui a confiés la Douma pour envoyer des troupes dans l'est de l'Ukraine (ou, comme il l'appelle désormais, Novorossiya).

19 avril: on annonce que des «petits hommes verts» –des guerriers masqués dont on affirme qu'ils appartiennent aux forces spéciales russes– ont commencé à apparaître dans l'est de l'Ukraine. La Russie dément tout lien avec eux.

23 avril: la Russie prévient qu'elle réagira si ses intérêts en Ukraine sont attaqués.

24 avril: Poutine prévient que l'emploi de troupes ukrainiennes à l'intérieur des frontières ukrainiennes aura des conséquences.

28 avril: la Russie condamne les sanctions qui lui sont infligées et assure aux États-Unis qu'elle n'envahira pas l'Ukraine.

2 mai: la Russie accuse l'Ukraine d'avoir fait échouer le plan de paix de Genève, un accord qui incluait «la démobilisation des milices, le retrait des bâtiments gouvernementaux occupés et l'établissement d'un dialogue politique qui pourrait conduire à une autonomie accrue pour des régions de l'Ukraine». Moscou n'a admis aucun rôle dans les actions des séparatistes et ne s'est donc pas engagé sur leur respect du plan.

6 mai: la Russie exclut de nouvelles discussions à Genève, jugées inutiles puisque de toute façon, l'Ukraine ne respecte pas le processus de paix.

7 mai: la Russie annonce que ses troupes se sont retirées de la frontière. La Maison Blanche affirme ne pas disposer de preuves de ce retrait.

19 mai: la Russie affirme à nouveau qu'elle retire ses troupes, cette fois-ci parce que leurs manœuvres d'entraînement du printemps ont pris fin.

31 mai: Ramzan Kadyrov, le président de la république russe de Tchétchénie, dément l'envoi de combattant tchétchènes en Ukraine mais affirme que certains ont pu s'y rendre «volontairement».

19 juin: deux semaines après l'élection à la présidence ukrainienne de Petro Porochenko, l'Otan annonce que des troupes russes sont de retour sur la frontière. La Russie dément.

13 juillet: la Russie affirme que l'Ukraine a tué un civil russe en tirant un obus par-dessus la frontière. L'Ukraine dément. La Russie menace l'Ukraine de frappes aériennes et cette dernière explique que des véhicules militaires russes ont essayé de traverser sa frontière.

17 juillet: le vol MH17 de Malaysia Airlines est abattu au-dessus de l'Ukraine. La responsabilité des rebelles pro-russes dans le drame est largement avancée et on affirme que la Russie leur a fourni des lanceurs de missiles sol-air Buk. Moscou affirme que c'est le pays dont l'espace aérien était traversé par l'avion qui est responsable du carnage, qui ne se serait pas produit si Kiev n'avait pas repris sa «campagne militaire» dans l'est de l'Ukraine. Les médias russes fournissent une série d'explications alternatives du crash: une tentative d'attentat de l'armée ukrainienne contre l'avion de Vladimir Poutine, une tentative de cacher la vérité sur le virus HIV, l'implication quelque part d'Israël ou celle des Illuminatis.

6 août: la Russie interdit les importations de plusieurs denrées en provenance de l'Union européenne, des États-Unis et d'autres pays qui ont imposé des sanctions contre Moscou en raison de son engagement supposé en Ukraine. L'interdiction provoque une flambée des prix pour les consommateurs russes. «Ces représailles n'ont pas été faciles à décider, on nous y a forcés», explique le Premier ministre russe Dmitri Medvedev.

11 août: un convoi de camions russes pénètre dans l'est de l'Ukraine. Là où Kiev et les gouvernements occidentaux voient une provocation délibérée, la Russie affirme qu'ils transportent l'aide dont la région a besoin.

22 août: l'Otan affirme que des troupes russes ont pénétré en Ukraine. Malgré des photos et des images satellites le prouvant, la Russie dément.

26 août: après qu'un groupe de soldats russes a été capturé sur le sol ukrainien, l'armée russe affirme qu'ils s'y trouvaient «par accident».

28 août: un leader séparatiste affirme que des soldats russes se battent en Ukraine, oui, mais sur leur temps de vacances.

Cette liste pourrait s'avérer amusante si l'on faisait abstraction du bilan humain: selon les Nations unies, au moins 1.200 personnes ont été tuées lors des combats en Ukraine entre la mi-juillet et la mi-août. Mais bon, c'est probablement la faute de l'Ukraine et des pays occidentaux.

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