Polémique après les révélations sur la présence de Mehdi Nemmouche auprès des otages en Syrie

Devant le Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. REUTERS/Éric Vidal.

Devant le Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. REUTERS/Éric Vidal.

Cet article est régulièrement mis à jour avec de nouvelles informations.

Mehdi Nemmouche, le suspect du quadruple «assassinat dans un contexte terroriste» commis le 24 mai dernier au Musée juif de Bruxelles, a fait partie des geôliers des otages occidentaux en Syrie, parmi lesquels les journalistes français Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, libérés en avril dernier, ainsi que le journaliste américain James Foley, décapité le 20 août dernier par l'État islamique.

Le Monde, qui a révélé l'information, explique que cela ressort «des éléments transmis, ces derniers mois, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la section antiterroriste du parquet de Paris», à partir notamment de témoignages, ceux-ci oscillant entre «une possibilité» et «une plus grande certitude». En marge d'un déplacement à Montpellier, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a confirmé que des éléments en ce sens avaient effectivement été recueillis.

«Je les ai achetés pour te frapper»

Cette «certitude», on la trouve notamment chez un des ex-otages, Nicolas Hénin, collaborateur du Point. Le site de l'hebdomadaire a rendu publics des extraits d'un témoignage «glaçant» que le magazine doit publier la semaine prochaine, où Hénin décrit Nemmouche:

«Il regarde ses mains, fait craquer ses doigts dans une attitude de boxeur et ajuste ses gants. "Tu vois ces gants de moto? Je les ai achetés pour te frapper. Rien que pour toi. Tu les as aimés?" [...]

 

Quand Nemmouche ne chantait pas, il torturait. Il était membre d'un petit groupe de Français dont la venue terrorisait la cinquantaine de prisonniers syriens détenus dans les cellules voisines.»

Nicolas Hénin a détaillé, lors d'une conférence de presse, le profil de celui qui se faisait appeler «Abou Omar al-Firansi» («le Français»), qu'il décrit comme «doté d'un très grand ego»:

«Il a pu nous apparaître qu'il n'était probablement pas parti pour se battre pour un quelconque idéal, mais avant tout par manque de reconnaissance pour se réaliser, pour réaliser une sorte de cavalcade meurtrière dont il avait fomenté le dessein.»

Un otage cité anonymement par Jean-Dominique Merchet, le journaliste défense de L'Opinion, explique que certains des gardiens des otages «étaient "des loulous de banlieue", parfaitement francophones [et] particulièrement remontés contre les journalistes français, [...] "protégés" par les responsables de l'Etat islamique, qui n'ignoraient pas la valeur marchande qu'[ils] représentaient».

Multiples confirmations

Interrogée par l'AFP, Marie-Laure Ingouf, l'avocate de Nicolas Hénin, indique que «tous les otages [...] confirment» ces informations. Mais l'un d'entre eux, Didier François d'Europe 1, a jugé dans Libération qu'il était «dangereux» et «irresponsable» de les publier:

«Cela pose un véritable problème pour l’enquête en cours, pour les témoins et pour les otages restés là-bas. Et cela permet malheureusement d’alerter les autres ravisseurs sur le fait que les services français détiennent des éléments sur les membres de ce groupe terroriste ayant déjà perpétré des attentats. Du coup, ça va leur permettre de se protéger, ce qui met en danger le travail des spécialistes du contre-terrorisme et les citoyens français.»

 
 

Plusieurs médias, dont Le Point, Libération et L'Opinion, ont expliqué qu'ils disposaient depuis un moment des mêmes informations que Le Monde mais avaient choisi de ne pas les révéler avant l'article du quotidien «à la demande des intéressés, de leur environnement et des milieux concernés», explique L'Opinion. Selon Libération, le parquet de Paris avait demandé «le concours intelligent des médias», discours qui avait été «tenu au journaliste du Monde qui, manifestement, a pris ses responsabilités».

Me Apolin Pepiezep, l'avocat français de Mehdi Nemmouche, s'est lui interrogé auprès de L'Express sur la véracité du témoignage de Nicolas Hénin:

«Comment a-t-il pu reconnaître mon client? Y'a-t-il eu confrontation entre les deux?»

Selon Europe 1 et Libération, une telle confrontation n'a pas eu lieu. D'après le quotidien, les otages ont reconnu Nemmouche «sur photos, vidéo et matériel sonore», notamment une vidéo tournée par le suspect de la tuerie de Bruxelles où on l'entendait parler.

Radicalisé en prison

Au moment de l'arrestation de Nemmouche, le 30 mai à Marseille, Le Monde expliquait que, sorti de prison en décembre 2012, il était parti «en périple. [...] Son départ presque immédiat pour la Syrie laisse penser qu'il se serait radicalisé en prison.» Son séjour dans le pays a duré jusqu'en février 2014: RTL explique que, avant même le debriefing des otages, «la DGSE avait déjà des preuves formelles en sa possession de la présence de Mehdi Nemmouche en Syrie».

En juillet dernier, Bernard Cazeneuve faisait état d'une «hausse inquiétante» du nombre de Français combattant dans le pays, évalué à 800 environ.

Mehdi Nemmouche doit comparaître le 12 septembre devant la chambre du conseil de Bruxelles, qui doit se prononcer sur son maintien en détention.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites et vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt. > Paramétrer > J'accepte