Allemagne / Histoire

Première Guerre mondiale: comment un professeur allemand a réussi à craquer le code des Russes

Temps de lecture : 2 min

Des prisonniers russes après la bataille de Tannenberg. (Via Wikimedia Commons).
Des prisonniers russes après la bataille de Tannenberg. (Via Wikimedia Commons).

Fin août 1914. Au terme de quatre jours de combats acharnés, l'armée allemande remporte la bataille de Tannenberg contre l'armée russe. Cette victoire décisive, l'Allemagne ne la doit ni à ses soldats, ni à sa logistique, mais à un professeur de langues anciennes qui a réussi à craquer le code utilisé par les Russes pour brouiller les communications radios et ainsi informer l'armée allemande des tactiques fomentées par l'ennemi, comme le relate le quotidien Die Welt.

Les troupes allemandes n'avaient pourtant pas vraiment misé sur les techniques d'espionnage au début de la Première Guerre mondiale, rappelle le quotidien:

«Contrairement à l'armée française ou autrichienne, le pouvoir impérial n'avait jusque là pas pensé une seule fois à la mise en place d'un service d'exploration radio et de déchiffrement.»

Jusqu'à que le 8 août 1914, un certain Ludwig Deubner, professeur de philologie antique, s'engage comme volontaire dans l'armée allemande. Comme il parle couramment le russe, il est envoyé dans une station d'écoute perchée dans la citadelle de Königsberg.

L'interception de deux messages échangés par l'armée russe permet aux troupes allemandes de connaître la position des troupes ennemies et de savoir que ces dernières ignorent celle des soldats allemands. À peine quelques semaines plus tard, la supervision des écoutes de l'ensemble des communications radio du front de l'Est est confiée à Ludwig Deubner.

Quand les Russes se mettent à chiffrer leurs communications à l'aide de clefs à trois caractères, Ludwig Deubner ne se laisse pas décourager. Il tâtonne, joue aux devinettes, puis finit peu à peu par en trouver la logique et à créer un système de décodage:

«En règle générale, Deubner pouvait craquer les codes, qui changeaient chaque mois, en trois jours. Parfois il était aidé par le hasard, comme quand un télégraphiste russe expliquait quelque chose à l'autre en utilisant l'ancien code, comme Deubner le confia dans son journal intime.»

Durant la Première Guerre mondiale, le professeur de langues anciennes rédigea un «dictionnaire russe à l'envers», dans lequel les mots étaient classés non pas en fonction de leur préfixe mais de leur suffixe, qui fut distribué dans toutes les stations d'écoute de l'armée allemande et est considéré aujourd'hui comme un ouvrage de référence par les slavistes.

Après la guerre, Ludwig Deubner reçut plusieurs hautes distinctions pour ses bons et loyaux services et regagna le calme de l'université. En 1945, un an avant sa mort, il rédigea son testament, dans lequel il légua ses économies à la Humbold Universität de Berlin, où il occupa une chaire à partir de 1927, en demandant à ce que ce soit créée une bourse d'études destinée aux étudiants les plus doués de la faculté de philologie classique. Il aura pourtant fallu attendre plus d'un demi-siècle pour que ses dernières volontés soient appliquées, comme l'indique sur son site, sans donner plus d'explications, la Humbold Universität, qui délivre chaque année cette bourse depuis 2009.

Slate.fr

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