Slatissime

Le Peninsula, le Paris du luxe à l'asiatique

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 07.09.2014 à 14 h 47

Situé avenue Kléber, à côté du Raphaël, le Peninsula de la capitale est le premier maillon de la fameuse chaîne de Hong Kong construit en Europe: 200 chambres, 450 employés, 4 restaurants, un spa avec piscine chauffée et des limousines.

La façade extérieure du Peninsula

La façade extérieure du Peninsula

Les murs de l’ancien Hôtel Majestic (1907), ex-siège de l’Unesco après la Seconde Guerre mondiale, puis du Centre international de conférences où fut signée en 1973 la paix au Vietnam par Henry Kissinger, ont été acquis par le Qatar (80%) en accord avec le groupe Peninsula Hotels (20%) chargé de la construction du palace de six étages, soit un coût total de 850 millions d’euros pour un hôtel de grand luxe édifié selon des normes précises, un cahier des charges drastiques et une flotte de voitures dont deux Rolls Royce, l’une de 1934 aux couleurs vertes du Peninsula: six ans de travaux pharaoniques. Une date dans l’histoire de l’hôtellerie «high class» à Paris.

Il faut savoir que le groupe Peninsula Hotels ne compte que dix palaces dans le monde (contre 80 pour le Four Seasons canadien). Le premier, celui de Hong Kong, reste le porte-étendard emblématique de la compagnie fondée par Sir Michael David Kadoorie, un patron mythique en Asie, amoureux des voitures de légende et ancien pilote d’avions. Le biplan de Nungesser et Coli (1927) reproduit par Safran figure dans le ciel de l’Oiseau Blanc, le beau restaurant à ciel ouvert du 6e étage, toujours complet midi et soir depuis début août quand le Peninsula a ouvert ses portes.

Au sein du plan de développement géographique du groupe Peninsula Hotels, toujours orienté à l’est du Canal de Suez, Paris a représenté un objectif majeur avant Londres (ouverture d’une unité en 2017). Il a fallu quinze ans de recherches pour dénicher le bâtiment adéquat, les surfaces en milliers de mètres carrés, l’emplacement idéal, tout près des Champs-Elysées, quartier stratégique pour l’hôtellerie de luxe, tout comme la place Vendôme (le Ritz), l’Opéra (le Grand Hôtel vendu au Qatar en juillet pour 330 millions d’euros), la place de la Concorde (le Crillon) et les Tuileries (le Meurice). On n’installe pas un cinq étoiles chargé d’histoire n’importe où: le Ritz a sacralisé la place Vendôme.

C’est le quadra français Nicolas Béliard, cultivé, distingué, ancien manager général du Peninsula de Bangkok qui a été chargé de concevoir et de suivre jour après jour la faramineuse construction du Peninsula Paris. Les spécificités sont l’ADN du groupe. Quelles sont-elles?

Le restaurant chinois de gastronomie cantonaise, la plus prisée des gourmets connaisseurs, LiLi rouge théâtre, au rez-de-chaussée, menu à 59 euros du chef Chi Keung Tang venu de Shanghai, très classique, canard laqué en deux services.

La domotique intérieure est présente dans toutes les chambres et suites (34 suites dont cinq disposent de leur jardin privé), à travers les tablettes tactiles de chevet en onze langues grâce auxquelles le résident, d’un seul clic, contrôle les lumières, la température, les messages, la musique, la météo, l’alarme, les rideaux, la vitesse du ventilateur, les chaînes de télévision, l’appel à la gouvernante, le room service, les appels téléphoniques, les restaurants et les bars: aucune chaîne hôtelière au monde n’a mis au point un appareil manuel aussi sophistiqué (deux par chambre) aux multiples applications, relié à 2,5 kilomètres de câbles truffant chaque chambre.

Le «valet box» dans toutes les chambres sert à déposer les chaussures à cirer, les vêtements à nettoyer et à repasser. Tout vous est restitué dans la journée par le même système mobile.

Un sèche-ongles est fixé au mur, de même qu’un poste de télévision au-dessus de la baignoire.

Les consommation du mini bar sont gratuites (pas d’alcool), de même que les communications téléphoniques partout sur la planète.

Les résidents ont droit à trois heures offertes de shopping, de balades (Giverny, Versailles) en Mini Cooper Clubman ou en BMW Série 7 avec chauffeur – les Rolls Royce pour les VIP. Le parking de l’hôtel peut loger 57 voitures.

Il faut bien voir que le Peninsula de Paris n’a rien d’asiatique ou de chinois dans son allure et son style très néo-classique français. Le principe de restauration du site majestueux a été de réhabiliter le monument historique, l’ex-Majestic, par le biais du savoir-faire d’entreprises familiales qui ont œuvré à la conservation du patrimoine français, notamment du Louvre et du Château de Versailles.

La gigantesque façade sur l’avenue Kléber de 10.000 mètres carrés a mobilisé vingt tailleurs de pierres de l’entreprise Degaine, spécialisée dans la restauration de monuments historiques, bas-reliefs, fleurs, nœuds, rubans sculptés, taillés à la main: une rénovation à l’identique.

La tarte

De même pour les dorures à la feuille d’or et la restauration de tableaux par les Ateliers Gohard, trois générations d’artisanat qui ont signé le dôme des Invalides –ils emploient des techniques centenaires.

A tous les stades de la reconstruction, le décorateur de Kong Kong Henry Leung, et le français Richard Martinet ont cherché à préserver l’héritage, l’authenticité et l’esprit du bâtiment, propriété du début du XXe siècle de la famille Baverez, en charge du Raphaël tout près, de la nouvelle Villa Majestic 30 rue La Pérouse (75016), et du Regina 2 place des Pyramides (75001) en rénovation. Les Baverez restent l’unique famille française à posséder à Paris trois grands hôtels de classe qu'ils gèrent eux-mêmes.

Le groupe Peninsula Hotels, incarné par son président, Sir Michael, a choisi Paris pour l’attractivité et la beauté de la capitale la plus visitée du monde, ce qui ne l’a pas empêché d’associer tradition et innovation côté confort, espace et avancées technologiques. On est dans la modernité raisonnée, enrichie d’œuvres d’art.

Il faut aussi noter que les cadres du Peninsula, concierges, clés d’or, chef de réception, gouvernantes, maîtres d’hôtel, cuisiniers ont été formé selon les canons du groupe de Kong Kong: élégance de la mise, politesse, respect des personnes… Pour le recrutement des cadres et employés, jusqu’aux voituriers et serveurs, Nicolas Béliard a vu 1.500 candidats en un an de contacts et d’entretiens –600 employés en 2015. Une dizaine ont été envoyés au Peninsula de Hong Kong pendant un mois, salaire payé, afin de se familiariser avec l’esprit, les règles, l’éthique du groupe hôtelier. Ancien maître d’hôtel du restaurant cantonais du Shangri-La (75016), Christophe Wong a découvert à Hong Kong les secrets du service et les plats de la table chinoise du palace aux dix Rolls qu’il a mis en œuvre au LiLi, l’excellent cantonais (dim sun, nouilles chinoises, poulet au citron…) du Peninsula Paris –un succès foudroyant, 45 places seulement, réservation obligatoire.

Jean-Edern Hurstel, passé par Lucas Carton, l’Arpège, le Louis XV à Monaco a été choisi comme chef exécutif de l’adresse française du groupe. Elevé dans le sérail, il a fait l’apprentissage du Peninsula à Dubaï pendant six ans. Il dirige à Paris une centaine de cuisiniers, pâtissiers, boulangers des quatre restaurants, dont deux français, l’Oiseau Blanc, et The Lobby doté d’une terrasse sur l’avenue Kléber, le rendez-vous des Parisiens à l’affût des lieux tendance, et d’une vaste salle à manger pastel et or, le chic du chic.

L'Afternoon tea

L’Afternoon Tea, inventé pour la gentry anglaise de Hong Kong, est l’un des passages obligés, de 15h à 17h30, dans le lobby intérieur et extérieur du mythique palace. A Hong Kong, c’est devenu un rituel un brin snob, on fait la queue et les réservations sont nécessaires.

Au Lobby de Paris, les mignardises salées et sucrées voisinent sur les trois étages des présentoirs: poulet aux herbes, beignets, macarons, tartelettes, cake du jour et les gâteries de Julien Alvarez, champion du monde de pâtisserie, compositeur d’un chou à la glace vanille et chantilly, nappé de chocolat chaud gianduja, un chef-d’œuvre de gourmandise à damner un saint. De très fins becs le réservent par téléphone.

Pour les deux restaurants du lobby, Nicolas Béliard a eu la main heureuse en faisant venir Laurent Poitevin, étoilé à l’Angle du Taillevent (aujourd’hui les 110 du Taillevent), ancien chef de l’Hôtel Vernet, successeur du maestro Eric Briffard parti au Cinq du George V. Cet excellent pro des casseroles mitonne la courte carte et le menu du jour (39 euros) où l’on trouve le carpaccio de daurade royale (28 euros), le tourteau en rémoulade (26 euros), la longe de thon marinée (44 euros), le bar sauvage croustillant (48 euros), et le cabillaud de ligne au caviar et crème de légumes (au menu). La carte pourrait être plus fournie.

Sur la terrasse, donnant sur l’avenue Kléber, un récital de préparations de grand hôtel: club sandwich au poulet fermier (28 euros), salade César (22 euros), jambon de Parme et toasts (38 euros), le champagne Deutz au verre (19 euros). Idéal avant ou après le spectacle et pour un verre. Et pour des repas d’affaires ou d’intimité.

Mais le coup de maître du Peninsula Paris demeure l’Oiseau Blanc, le fantastique restaurant couvert ou à ciel ouvert niché au sommet du palace, en lisière des grandes suites dotées d’un jardin privatif. A peine ouvert, l’Oiseau Blanc a refusé des couverts au déjeuner et au dîner (40 places), la magie du site d’exception a fait courir les dragueurs de tables «in» dès l’ouverture en août.

Que mange-t-on à l’Oiseau Blanc, le joyau du 6e étage dont la cuisine élégante est mitonnée par l’Alsacien Sidney Redel, formé chez Pierre Gagnaire à Paris et aux Airelles à Courchevel dont la première carte de quinze plats et cinq desserts combine des assiettes très classiques et des garnitures innovantes, câpres et groseilles pour la sole (42 euros)?

Concombre et navet en salade, sauce au poivre du Sichuan Restaurant LiLi

Les langoustines saisies au beurre demi-sel (26 euros), le tronçon de turbot de ligne braisé aux feuilles de laurier (40 euros), le pavé de bar rôti aux couteaux fumés (38 euros), la pintade de Saint-Sever au jus, crémeux de pommes de terre (38 euros) et l’exquis chocolat crémeux, sablé et sorbet framboise (18 euros), l’une des délicates compositions de l’excellent pâtissier déjà cité.

Les menus de trois ou quatre plats (78 euros ou 99 euros) sont réservés au dîner, et au déjeuner, un menu à 55 euros, une aubaine, ce qui est plus abordable que l’ensemble de la carte assez chère.

L’Oiseau Blanc vole dans le répertoire gastro, le décor et le panorama parisien: la tour Eiffel, Notre-Dame, le Sacré-Cœur demeurent les attractions majeures de cette table époustouflante, une vraie réussite qui saisit le regard.

N’en doutons pas, le Peninsula jouxtant le Raphaël a joué la carte du luxe à fond, sans lésiner sur la profusion des marbres, l’espace, les mosaïques, les boiseries, le feuilletage d’or –le lustre de l’entrée principale soufflé à la main est composé d’une cascade de 800 «feuilles» de cristal. Les dorures partout, la hauteur des plafonds style Versailles, la décoration façon opéra chinois du LiLi, les boiseries de chêne originales de 1908 du bar Kléber, le fumoir pour huit personnes fous de havanes, la seconde entrée avenue des Portugais pour les véhicules, le spa dirigé par l’hôtel lui-même, l’abondance des personnels affables et souriants, tout cela force l’admiration: les financiers du Qatar (groupe Katara Hospitality) et les experts en hôtellerie du Peninsula de Hong Kong ont tenu leur pari.

A l’heure où la guerre des palaces parisiens pointe à l’horizon –le Plaza Athénée a réouvert ces jours-ci, le Crillon, le Ritz et le Lotti en 2015, le Lutétia plus tard– il faudra compter avec le somptueux édifice de pierres blanches de toute beauté du Peninsula Paris.

Le Peninsula

19 avenue Kléber 75016 Paris

01 58 12 28 88

Chambres à partir de 1.095 euros la nuit. Restaurants le Lobby, la Terrasse, LiLi le cantonais, l’Oiseau Blanc sur le toit, trois salles de réception, six boutiques, piscine intérieure.

Le site

 

 

 

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