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Le networking professionnel nous fait nous sentir sales

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 05.09.2014 à 9 h 56

Repéré sur New York Mag

The Art of New Business, Manchester /Sarah Bradley via Flickr CC License By

The Art of New Business, Manchester /Sarah Bradley via Flickr CC License By

Vous n’êtes pas obligés de prendre une douche après un dîner de boulot ou un apéro business, mais trois chercheuses en sciences des organisations (Tiziana Casciaro, Francesca Gino et Maryam Kouchaki) ont établi en effectuant un questionnaire dans un grand cabinet d’avocats et des expériences de laboratoire que «réseauter» nous renvoyait une mauvaise image de nous-mêmes et développait même un sentiment d’impureté morale.

Dans leur article à paraître dans la revue Administrative Science Quarterly, elles écrivent:

«Contrairement aux contacts personnels, motivés par la recherche d'un soutien affectif ou de l'amitié, et contrairement aux liens sociaux qui émergent spontanément, le networking instrumentalisé, réalisé pour des objectifs professionnels, peut affecter la pureté morale d’un individu –un état psychologique qui résulte d'une image pure de soi d’un point de vue moral– et ainsi le faire se sentir sale.»

Dans une de leurs expériences, un groupe d'adultes devait se remémorer un moment de networking très «instrumentalisé» (par opposition à spontané) et à sens unique, tandis qu'un second groupe devait se remémorer un lien professionnel formé plus naturellement.

Ils devaient ensuite remplir les lettres manquantes de mots, lesquels pouvaient former à chaque fois deux mots, par exemple «S _ _ P» qui peut correspondre à «step» (un «pas») ou à «soap» («savon»). Le souvenir du réseautage pur et dur a suffi à faire émerger des associations avec la propreté et le besoin de se laver…

Que la pratique soit sale ne signifie pas qu’elle est inefficace, comme le note le New York Mag qui relate l’étude. Les liens instrumentalisés qui se créent entre salariés dans et entre les organisations professionnelles sont cruciaux pour la réussite d’une carrière dans la mesure où ils fournissent au réseauteur des ressources, des informations et des opportunités potentielles. La fréquence et la diversité du réseautage est d’ailleurs associée à une meilleure performance professionnelle.  

Mais alors que les liens personnels impliquent de se soucier du bien-être de l’autre et de l’aider sans en attendre un bénéfice immédiat, les liens de networking professionnel doivent en revanche être directement réciproques et la motivation pour créer de tels liens est l’égoïsme (le bénéfice personnel attendu) et non le bien-être de l’autre. C’est ce qui rend la relation moralement difficile pour les parties prenantes.

Cet inconfort relationnel varie cependant en fonction de la psychologie des individus, certains ayant moins de réticences que d'autres à s’engager dans de tels liens instrumentalisés. Ce sentiment de culpabilité n’est pas également partagé dans la hiérarchie: ceux qui ont le plus de pouvoir dans les organisations ressentent le moins cette gêne morale dans le cadre du réseautage professionnel. Selon les auteures, cette différence d’attitude s’explique par la tendance de ces professionnels «à considérer les autres comme des outils ou des obstacles entre [eux] et [leurs] objectifs», mais aussi parce qu’ils estiment qu’ils sont capables d’atteindre ces objectifs seuls, qu’ils ont plus à donner qu’à recevoir dans une relation instrumentalisée, et éprouvent donc moins de gêne. 

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