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Le fondamentalisme de l'Etat islamique analysé par le philosophe Slavoj Zizek

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran d'une vidéo montrant Abou Bakr Al-Baghdadi. REUTERS.
Capture d'écran d'une vidéo montrant Abou Bakr Al-Baghdadi. REUTERS.

Pour Slavoj Zizek, les membres de l’État islamique ne sont pas de vrais fondamentalistes. «Les soit-disant fondamentalistes de l'EI sont une insulte au véritable fondamentalisme», écrit le philosophe dans le New York Times.

Pour lui, quelqu’un qui a une foi religieuse profonde fait preuve d'un mépris distant pour ceux qu’il considère comme des infidèles, pas d’un rejet violent et obsessif. Les vrais fondamentalistes, comme les bouddhistes tibétains ou les Amish aux Etats-Unis, éprouvent «une absence de ressentiment et d’envie, une profonde indifférence envers le mode de vie des non-croyants».

Zizek, qui est aussi psychanalyste, voit une sorte de dénégation à l’œuvre chez les islamistes de l’EI:

«Les terroristes pseudo-fondamentalistes sont profondément dérangés, intrigués et fascinés par la vie de péché des non-croyants. On voit bien que lorsqu'ils luttent contre l’Autre dépravé, c'est en fait contre leur propre tentation qu'ils luttent».

Pour le philosophe, la violence extrême de l’Etat islamique est le signe d’une sorte de complexe d’infériorité par rapport à une certaine image occidentale de la réussite, qui comprend le luxe, le consumérisme, les femmes et le pouvoir:

«Alors que l’idéologie officielle de l’Etat Islamique est de dénoncer les libertés occidentales, au quotidien, les gangs de l’EI pratiquent des orgies grotesques».

Pour illustrer cette ambiguïté, il cite la fameuse photo d'Abou Bakr Al-Baghdadi, le leader de l'EI, portant une montre suisse clinquante, ainsi que l’expertise médiatique et financière moderne de ces djihadistes:

«Paradoxalement, les fondamentalistes de l’EI et ceux qui leur ressemblent ne sont absolument pas convaincus d’être supérieurs.»

Et pour Zizek, c’est cette instabilité, cette sorte de susceptibilité, qui les rendraient particulièrement violents. Alors qu’un vrai fondamentaliste est, lui, beaucoup plus serein.

Sur l’absence de foi bien ancrée des djihadistes qui rejoignent l’Etat islamique, plusieurs détails donnent raison à cette analyse: avant d’aller se battre en Syrie, deux candidats anglais au djihad récemment arrêtés avait commandé L’Islam pour les nuls et Le Coran pour les Nuls.

En 2008, une note du MI5, l’agence de renseignement anglaise, écrivait que les candidats au djihad étaient souvent des «novices en matière de religion» et qu'au contraire, «une identité religieuse bien étabile protégeait de la radicalisation violente».

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