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Un ballon en forme de chien qui se dégonfle: le GIF vendu 5.800 dollars sur eBay

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 04.09.2014 à 17 h 54

Repéré sur The Atlantic, eBay

Capture d'écran du Tumblr de l'artiste en question

Capture d'écran du Tumblr de l'artiste en question

Ça pourrait bien être une blague. Une caricature bien tournée de l'art au XXIe siècle, qu'aurait pu fomenter un petit malin issue des sites 4chan ou Reddit, jamais avare d'une opération de ce genre. Mais finalement, peu importe, premier degré ou non, cette drôle d'annonce laissée sur eBay et repérée par The Atlantic n'en interroge pas moins le statut de l'art numérique aujourd'hui.

Sur cette page, on annonce la vente pour 5.800 dollars... d'un GIF. Oui, d'une image animée, du même genre que celles, mignonnes ou débiles, qui irriguent aujourd'hui Internet. Qu'a-t-il de plus exceptionnel que les autres? A première vue, pas grand-chose: il s'agit d'un ballon lamé, en forme de caniche, qui se dégonfle encore et encore. Mais ce qui compte, c'est la description qu'en fait son auteur présumé, un certain Michael Green.

Il dépeint ce GIF, intitulé Balloon Dog Deflated, comme la réappropriation «ironique» de la sculpture Ballon Dog de Jeff Koons, dont la version orange a été vendue 58 millions de dollars en 2013, chez Christies. Cette création, qui reproduit également un chien façonné dans un ballon gonflable, a été qualifiée au moment de sa cession comme l'oeuvre d'art la plus chère de l'histoire vendue du vivant de son créateur.

Michael Green explique sur eBay vouloir incarner par la déflation de son GIF le fait qu'il est «temps de détruire les valeurs traditionnelles de l'art moderne et de faire évoluer notre culture vers la prochaine étape logique, le medium numérique». Un concept qu'il développe à grand renfort de phrases –aux caractères soigneusement agrandis et mis en gras– telles que «le musée de 2014 est Internet».

L'artiste numérique explique par ailleurs que cette oeuvre n'est qu'un détail d'un travail plus large, développé sur ce tumblr, sur lequel d'autres GIF dorés «explorent ce désir» d'objets luxueux.

Si la démarche vous fait sourire, et n'a par ailleurs pas abouti, comme le souligne The Atlantic, à une vente, elle soulève une question récurrente ces dernières années: quelle est la valeur pour ces oeuvres immatérielles, qui peuvent être facilement reproduites et copiées?

Depuis quelques années, les GIF s'exposent dans les musées: ici en 2012 à Londres, plus récemment à New York. Ces formats d'images si particuliers, autrefois associés à des contenus plutôt kitschs, bâclés et bourrés de pixels, intéressent même des artistes, qui s'y consacrent.

En mars dernier, nous nous faisions par exemple l'écho du superbe travail de Romain Laurent, photographe français basé aux Etats-Unis, avant de pouvoir discuter, en juillet, avec un autre Français, ni photographe, ni vidéaste de formation, qui venait pourtant de finir finaliste du premier prix de motion picture photography, décerné par la prestigieuse Saatchi Gallery à Londres en partenariat avec Google+. Micaël Reynaud nous expliquait alors consacrer parfois une semaine de travail à une seule image. Bref, pas de la blague.

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