Culture

Jack White est capable de tout faire, et de tout refaire

François Pottier, mis à jour le 04.09.2014 à 16 h 50

On peut considérer que le guitariste des White Stripes n'a jamais fait mieux que «White Blood Cells» il y a quinze ans et encore frissonner en le voyant reprendre ses chansons.

Disclaimer: l'auteur de ce post collabore comme développeur à la Blogothèque, dont plusieurs contributeurs écrivent également pour Slate. La Blogothèque a publié sur son propre site un récit de l'enregistrement du concert.

Je dois l’avouer: je suis fasciné par Jack White comme par peu d’artistes des années 2000. Du moins par le Jack White tel que je l’ai découvert alors que j’étais encore en pleine adolescence.

Celui qui le premier m’a donné envie d’user mes doigts sur une guitare, parce qu’avec les quatre mêmes accords, je savais déjà jouer dix de ses chansons. Celui dont j’épiais les moindres interviews, les moindres passages à la télévision, parfois exceptionnels. Celui qui, par ses reprises de Son House ou Blind Willie McTell, m’a poussé à découvrir les bluesmen du Delta, à comprendre dans quelle mesure ces musiciens font partie de l’ADN de la culture américaine. Celui qui n’hésitait pas à aider à ses petits copains de Detroit à coups de reprises ou de production d’album. Bref, celui qui m’a ouvert beaucoup de portes, à une époque où j’étais trop paresseux pour ne serait-ce que les chercher.

Pourtant, malgré toute la clémence que je peux avoir à son égard, rien dans sa production –que ce soit en solo ou dans ses différentes formations– ne m’a vraiment conquis depuis plus de dix ans. Depuis 2001 et White Blood Cells en fait, troisième opus des White Stripes, mais le premier où Jack et Meg osaient abandonner complètement le blues et ses grandes figures. Fell In Love With A Girl, quelle claque. Et ce Same Boy You’ve Always Known qui trône en plein milieu. Une ballade d’amour et de mort, parfait point d’orgue d’un album que j’ai alors eu envie d’écouter tous les jours.

Depuis, le bonhomme a explosé, au point d’être devenu intouchable. Detroit, dont il reste une figure forte (encore soulignée récemment par son ami Jim Jarmusch dans Only Lovers Left Alive), est derrière lui. Installé à Nashville, l’un des berceaux de cette country qu’il vénère tout autant que le blues, il a gardé un rythme de production intense pour arriver à un total de douze albums studio en quinze ans. Mais pas un pour égaler White Blood Cells, même si ses qualités de producteur control freak se sont en même temps développées, au point d’en faire un des meilleurs actuellement. Son dernier album, Lazaretto, illustre d’ailleurs tout autant son talent derrière les consoles (la superbe Would You Fight For My Love?) que ses limites actuelles dans l’écriture.

Alors, quand j’ai su que la Blogothèque avait réussi à le convaincre de tourner un de leurs Concerts à emporter, je me suis senti partagé. Partagé entre l’excitation de le voir peut-être redevenir un peu vulnérable et la probable déception de ne le voir qu’en plein exercice de promotion, n’arrivant qu’avec ses nouvelles chansons sous le bras. Puis j’ai appris que la session allait avoir lieu dans la superbe chapelle Saint-Saturnin du château de Fontainebleau. Je me souviens m’être dit que le lieu pouvait être aussi inspirant que tétanisant pour Jack White, lui qui se prédestinait à devenir prêtre avant que sa passion pour la musique ne prenne le pas.

Et puis j’ai vu le résultat. Et j’ai eu des frissons, tellement de frissons. Non, il ne s’est pas totalement abandonné à l’exercice comme je l’espérais. Mais en reprenant son Same Boy You’ve Always Known, ce même morceau que je n’imaginais pas autrement qu’en dialogue entre lui et Meg, et en lui donnant une superbe patine country, il m’a rappelé pourquoi il me fascinait. Parce qu’il est capable de tout faire et de tout refaire.

Installé ensuite sur le toit de la chapelle, en compagnie de sa violoniste Lillie Mae Rische, il entonne Entitlement, l’une des ballades de Lazaretto. Je ne pense même plus à Meg, même si tout devrait m’y ramener. Leur duo est superbe, Jack lâche même un sourire. Comme s’il allait finir par se laisser aller. Des frissons, encore.

Jetez-y un oeil, jetez-y une oreille, laissez-vous aller aussi, parce que tout y est beau. Moi, je crois que je vais encore pardonner longtemps ses maladresses à Jack White. Et me dire que cette country que je trouve souvent superflue chez lui ne lui va peut-être pas si mal, en fin de compte.

D’ailleurs, j’ai autre chose à avouer: mon album préféré de Jack White n’est pas White Blood Cells. Ce n’est d’ailleurs même pas un album de Jack White. Mais c’est la plus belle chose qu’il ait faite. Et devinez quoi: c’est de la country.

François Pottier
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