Monde / Économie

Suspension du contrat Mistral: pour la France, l'honneur est sauf... jusqu'en novembre

Temps de lecture : 2 min

Le Vladivostok dans le port de Saint-Nazaire. REUTERS/Stéphane Mahé.
Le Vladivostok dans le port de Saint-Nazaire. REUTERS/Stéphane Mahé.

L’honneur est sauf… jusqu’en novembre. En décidant de suspendre la livraison à la Russie du premier bâtiment porte-hélicoptères Mistral, François Hollande a pris la bonne décision au bon moment.

Il était temps. Il était de plus en plus difficile de justifier que la France livre des armements sophistiquées –le deuxième BPC, pour «bâtiment de projection et de commandement», devait être prêt en 2015 et porte le joli nom de Sébastopol au moment où Moscou annexe la Crimée. Et forme des soldats russes: 400 marins sont arrivés récemment à Saint-Nazaire, quand Paris accuse dans le même temps la Russie d’agression en Ukraine.

Jusqu’au 3 septembre et à la réunion du Conseil de défense autour du président de la République, les autorités françaises avaient fait la sourde oreille aux opposants à la livraison des Mistral. Il est vrai que l’enjeu est d’importance: un contrat de 1,2 milliard d’euros, un millier d’emplois en jeu, un dédit d’environ 1 milliards d’euros, l’atteinte à la réputation de la France comme marchand d’armes, etc.

Mais la pression devenait trop forte. Au printemps, quand les premières sanctions occidentales ont été décidées contre la Russie, Paris avait décidé de renvoyer la décision en octobre, tout en laissant entendre qu’un respect du contrat n’était pas en contradiction avec la volonté de «punir» Moscou. Or, octobre approche et Vladimir Poutine n’a pas œuvré à la désescalade du conflit en Ukraine, c’est un euphémisme. Au moment où l’Union européenne s’apprête à aggraver les sanctions existantes contre Moscou et à lui en infliger de nouvelles concernant le transfert de technologies duales (à usage militaire et civil), comment expliquer que la France fournisse à la Russie des navires hautement sophistiqués dont elle vante les prouesses techniques?

Enfin, se réunit en cette fin de semaine un sommet de l’Otan au Pays de Galles où François Hollande aurait été soumis à des pressions accrues des alliés, notamment des Etats-Unis, de la Pologne et des Etats baltes, pour ne pas donner à la Russie les moyens d’en finir avec la Géorgie «en deux jours plutôt qu’en deux semaines», comme avait dit un officier supérieur russe au moment de la guerre avec la petite république caucasienne. C’était en 2008, l’année où Nicolas Sarkozy concluait avec Vladimir Poutine le marché des Mistral.

Officieusement, la décision définitive de livraison ou non sera prise en novembre. Si la situation n’a pas radicalement changé en Ukraine et aux alentours, il restera à la France à trouver des clients de remplacement. Des alliés de l’Otan pourraient être sur les rangs. Voire l’Union européenne. La situation serait cocasse: l’UE aurait des moyens militaires ultra-modernes sans avoir de politique de défense.

Daniel Vernet Journaliste

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