Najat Vallaud-Belkacem a raison de ne pas répondre aux attaques

La ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, le 2 septembre à Clichy-sous-Bois. REUTERS/Etienne Laurent/Pool.

La ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, le 2 septembre à Clichy-sous-Bois. REUTERS/Etienne Laurent/Pool.

La nouvelle ministre de l'Education nationale semble avoir pour ligne de conduite de parler d’elle le moins possible. Face aux dossiers qu'elle a à résoudre à court ou moyen terme, ce silence est la meilleure des réponses.

«Ayatollah». La droite extrême, on le sait depuis Vichy, est habituée aux associations douteuses, puantes et pourries. Musulmane donc ayatollah, c’est logique. Evidemment, Minute a fait plus fort que Valeurs actuelles en étant plus clairement raciste.

Une femme, jeune, de gauche et qui n’est pas née française, une féministe. Le diable.

Elle est défendue par ses collègues du gouvernement, qui dénoncent le racisme et le sexisme de ces unes. L'attitude de la ministre est bien différente.

On ne sait même pas ce que pense Najat Vallaud-Belkacem de ces attaques, car sa ligne de conduite semble être de ne pas répondre. Ou de le faire du bout des lèvres, comme quand elle a dû rappeler que non, son nom n’est pas Claudine Dupont.

Pas étonnant au fond de la part d’une femme politique qui semble avoir pour ligne de conduite de parler d’elle le moins possible. Beaucoup d’observateurs lui reprochent sa langue de bois: c’est vrai qu’elle enchaîne des formulations qui ressemblent à des formules, des éléments de langage, et que le porte-parolat lui allait comme un gant. Mais il faut noter que le style de Najat Vallaud-Belkacem n’a pas que cette particularité. C’est une femme politique qui parle peu d’elle. Ni de sa vie personnelle, ni de ses origines, ni de son enfance.

C’est assez frappant quand on l’interviewe. J’ai eu l’occasion de la rencontrer deux fois alors qu’elle était ministre des Droits des femmes. Je l’avais interrogée au tout début des ABCD de l’égalité et, un an plus tard, sur les inégalités devant la parentalité pour un livre que je préparais alors. Lors des recherches pour cet ouvrage, j’ai pu interviewer plusieurs femmes politiques comme Chantal Jouanno, Valérie Pécresse, Axelle Lemaire, la jeune pousse de l’UMP Camille Bedin ou l'élue socialiste parisienne Olga Trostiansky. En parlant de leur point de vue sur la conciliation de la vie politique et vie familiale, toutes ont évoqué leur vie privée et leur propre parcours. Najat Vallaud-Belkacem est la seule à ne pas avoir évoqué sa famille. Rien sur ses enfants. Rien de personnel.

C’en était presque étrange.

Un proche le confirme:

«Najat Vallaud-Belkacem ne disait jamais un mot sur sa vie privée, et elle faisait figure d’exception dans le gouvernement. Elle a toujours tout refusé. Tout.»

Est-ce parce qu’elle sait, consciemment ou inconsciemment, qu’elle doit, devra, se protéger? Et échapper à ce à quoi les racistes, les sexistes et les fachos de tous poils ne cesseront de la renvoyer: devoir se justifier d’être qui elle est.

Pour le moment, alors que son visage est à la une de nombreux titres, et pas que d’extrême droite, et alors qu’elle est chargée de dossiers qu’il faut résoudre à court terme (les rythmes) et de réformes qu’il faudrait mener à moyen et long terme (l’éducation prioritaire, le recrutement des enseignants), ce silence semble être la meilleure des réponses.

Nous avions fait une coquille dans le nom de Chantal Jouanno. Nos excuses à l'intéressée et aux lecteurs.

 

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