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Qu'elle soit annulée ou non, la vente des Mistral à la Russie est-elle un contrat perdant-perdant pour la France?

Temps de lecture : 2 min

Le Vladivostok dans le port de Saint-Nazaire. REUTERS/Stéphane Mahé.
Le Vladivostok dans le port de Saint-Nazaire. REUTERS/Stéphane Mahé.

«Il n'y a pas de bonne solution. Soit on livre le Mistral et on nous accusera de complicité avec Poutine. Soit on ne le livre pas et on dira que la France a plié devant les ordres des Américains.»

C'est ce qu'expliquait un haut responsable français en juillet au Nouvel Observateur, qui consacrait une passionnante enquête au contrat de vente de deux navires Mistral conclu par la France avec la Russie, contrat dont l'Élysée vient de suspendre l'exécution, ce mercredi 3 septembre, en expliquant que «les conditions pour que la France autorise la livraison du premier BPC (bâtiment de projection et de commandement) ne sont pas à ce jour réunies».

Une décision prise en pleine crise russo-ukrainienne et qui pourrait avoir un impact sur les finances publiques (1,1 milliard d'euros de remboursement et de pénalités) et les exportations françaises... mais la décision inverse aurait pu en avoir un également. Sur son blog sur L'Opinion, le spécialiste des questions de défense Jean-Dominique Merchet cite les propos alarmistes du patron d'une grande entreprise française du secteur de l'armement:

«Ce qui est en jeu, c'est la crédibilité de la signature de l'Etat. En cas d'annulation par Paris, nos grands clients se sentiront à la merci d'une décision politique unilatérale de la France.»

Cet argument était déjà avancé en juillet par Le Nouvel Observateur. «Les Indiens pourraient renoncer à acheter des Rafale s'ils ne sont pas sûrs que nous assurerons la totalité du contrat», expliquait alors le ministère de la Défense. Ce mercredi, le chef de l'armée de l'air indienne a justement affirmé au quotidien Hindustan Times que la signature d'un contrat pour 126 Rafale, d'un montant de 9 milliards d'euros, pourrait intervenir «bientôt», même si le Royaume-Uni ne désespère pas de revenir dans la course avec son Eurofighter.

Nathan Dufour, chercheur à, expliquait lui ce mercredi dans Le Monde que, en refusant jusque là de suspendre le contrat des Mistral, François Hollande avait «opté pour une réaffirmation des choix souverains de la France face aux pressions de Washington et la préservation de sa crédibilité internationale en tant qu'exportateur d'armements».

Mais c'est justement le cas polonais qui pose problème, les grands groupes d’armement français (Thalès, Airbus, MDDA) étant actuellement en lice pour de gigantesques contrats là-bas. Challenges a détaillé les ambitions françaises dans ce pays dont le Premier ministre Donald Tusk s'apprête à devenir président de l'Union européenne, et qui affiche une position très ferme sur le dossier ukrainien: hélicoptères lourds, sous-marins, défenses anti-missiles... «La question du Mistral pollue les négociations», a expliqué un industriel à l'hebdomadaire économique.

Dans Les Échos, le conseiller de la Fondation pour la recherche stratégique François Heisbourg explique que si la France livre les Mistral, «on détruit une relation de confiance avec des pays d’Europe orientale comme la Pologne», et avance une solution de repli:

«En mutualisant une décision de non-livraison, on peut aussi imaginer que les membres de l’Union européenne ou de l’Otan déclarent un rachat symbolique des Mistral.»

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