Culture / Santé

Il y a urgence à aller voir «Hippocrate» (le film)

Temps de lecture : 2 min

Vincent Lacoste dans «Hippocrate».
Vincent Lacoste dans «Hippocrate».

Mettre en scène la médecine? Longtemps, on se moqua des médecins. Bien malgré eux. La médecine était impuissante. Ou presque.

Il y a un siècle, on saisit bien vite que cela n’allait pas durer. Elle allait bientôt tout gouverner, elle allait triompher. Ce fut Knock, Jouvet et Romains réunis.

Vinrent l’anesthésie, les antibiotiques, les neuroleptiques. On commença, enfin, à la glorifier. Ce furent Les hommes en blanc (1955):

«Jean Nérac, médecin interne des hôpitaux, part exercer sa profession dans le Cantal, où il doit remplacer un confrère âgé. Ce dernier lui apprendra les qualités requises, et Nérac fera auprès de lui son apprentissage de médecin de campagne et renoncera finalement au poste qu'il aurait pu prendre dans la capitale.»

Beau comme l’antique. Avec Jeanne Moreau en Marianne Déjazet.

Et aujourd’hui? Hippocrate sort sur les écrans. C’est le parfait symptôme, non pas de ce qu’est la médecine mais de ce que sa pratique est devenue, de l’image qu’elle peut offrir. Parfait symptôme grâce à l’éclairage de l’angle choisi.

On songe à la puissance du Palladium de Boris Razon (sorti il y a un an précisément –et qui méritait amplement un prix littéraire). Elle tenait à deux éléments: le contrepoint du jargon des soignants et le reportage dans l’aventure vécue. La force, la justesse, l’élégance d’Hippocrate tiennent aussi au souvenir de l’expérience passée (Thomas Lilti, le réalisateur, a fait sa médecine). Elles tiennent également à la présence agissante de l’ensemble du corps soignant, les infirmières et les aides.

Hippocrate sans spoiler? La première blouse blanche… Le premier stage hospitalier au rang d’interne… La médecine consanguine: Benjamin se retrouve dans le service dirigé par son père… La médecine étrangère: le co-interne se prénomme Abdel… Le rituel de la ponction lombaire: Abdel qui sait mieux faire…

Très peu de sexe. Pas mal de violence. La maladie alcoolique, bien sûr. Et la mort, bien évidemment. La mort qui ne tarde guère au tournant… Quelle mort, précisément?

Il y a bien des raisons pour aller voir Hippocrate, cette vie vécue dans les coulisses démunies du «meilleur système de santé du monde». Il y a l’impossible affrontement entre les réanimateurs «pro-life» et les internes qui ne le sont plus. Il y a les reliquats du mandarinat et de la confraternité. Il y a deux médecins, Benjamin (Vincent Lacoste) et Abdel (Reda Kateb). Deux médecins bien vivants, sinon triomphants.

Jean-Yves Nau Journaliste

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