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Enquête Sarkozy/Valeurs actuelles: les sondages secrets sont parfois vrais, mais toujours de vrais coups de comm'

Nicolas Sarkozy à Nice, le 27 septembre 2013. REUTERS/Olivier Anrigo.

Nicolas Sarkozy à Nice, le 27 septembre 2013. REUTERS/Olivier Anrigo.

C'est le sondage de Schrödinger: il existe, mais il n'existe pas. Selon l'hebdomadaire Valeurs actuelles, une enquête confidentielle réalisée par l'institut Ipsos sur la présidentielle 2017 donnerait Nicolas Sarkozy seul candidat capable de devancer Marine Le Pen au premier tour, et vainqueur de la candidate d'extrême droite au second avec 65% des voix. François Hollande, lui, serait à égalité 50-50 avec Marine Le Pen. L'institut a très vite démenti être l'auteur de cette enquête, également mentionnée par L'Opinion, tandis que le PS a annoncé qu'il allait saisir la Commission des sondages.

Le «sondage confidentiel» qui ne l'est pas tant que ça est une constante de la vie politique française, même s'il est rare que le nom de l'institut supposé l'avoir réalisé soit cité. Une petite plongée dans les archives de la presse permet d'en trouver une bonne moisson: sur les attaques de Sarkozy contre Chirac, sur l'adhésion de l'électorat FN à la candidature Sarkozy 2007, sur le candidat du PCF aux régionales à Paris, sur une candidature Chevènement en 2012, sur un second tour Hollande-Bayrou, sur une candidature Cahuzac à la législative partielle de 2013, sur la primaire PS à La Rochelle, sur le choix de l'arrondissement de NKM... Et le phénomène n'est pas récent du tout, puisqu'on en trouve aussi pour les municipales de Paris en 1977 ou les européennes de 1989.

Il arrive que ce sondage secret soit clairement faux: en juillet 2011 circulaient ainsi des faux sondages donnant Ségolène Royal largement en tête de la primaire socialiste. Mais il arrive souvent qu'il soit vrai(semblable), et destiné à un but stratégique. «Il y a deux sortes de sondages, ceux que nous faisons pour savoir comment orienter la stratégie globale de la cause que nous servons et les sondages destinés à la publication», expliquait en 1979 à Stratégies le communicant Michel Bongrand, qui vient de mourir. Concernant les premiers, «des fuites calculées peuvent être organisées et le sondage secret peut devenir public à tout moment, en partie ou en totalité, selon le bon vouloir ou l'intérêt du client», écrivent les chercheurs Denis Duclos et Hélène-Yvonne Meynaud dans leur livre Les Sondages d'opinion.

Généralement, ces sondages sont discrètement enterrés dans un article plus large sur la situation politique ou la stratégie d'un candidat, et donc peu visibles et relayés. Parfois, l'intention manipulatrice est plus affirmée et, chose amusante, la plupart des exemples que nous avons pu retrouver se situent à droite. En 1974 avait ainsi fuité un sondage des Renseignements généraux donnant Chaban-Delmas très mal placé face à Giscard d'Estaing –RG sur lesquels avait la main un certain Jacques Chirac, futur Premier ministre de VGE.

Lors de la présidentielle 1995, L'Express affirmait que «l'état-major de Jacques Chirac [n'avait] pas souhaité rendre public un récent sondage confidentiel réalisé à sa demande par BVA, enquête créditant le maire de Paris de 26% des intentions de vote contre 20,5% à Balladur et 19% à Jospin, laissant ainsi entrevoir un second tour Chirac-Balladur». Une phrase écrite sous une brève où Alain Juppé s'inquiétait de l'éventualité... d'un second tour Chirac-Balladur.

En 2009, la campagne pour l'investiture UMP pour les régionales en Île-de-France entre Valérie Pécresse et Roger Karoutchi avait été alimentée par un sondage confidentiel en défaveur du second. 

Mais le cas d'école de ces dernières années est sans doute celui des municipales de Neuilly, en 2008, quand la publication par Le Figaro d'un sondage secret donnant cinq points de retard au candidat de la majorité David Martinon avait impulsé le retrait de ce dernier. À l'époque, «les journalistes [étaient] discrètement alimentés en anecdotes savoureuses et en sondages confidentiels», a écrit Marie-Célie Guillaume, la directrice de cabinet de Patrick Devedjian, dans son roman à clef sur la droite des Hauts-de-Seine Le Monarque, son fils, son fief. «Au Conseiller aux Cultes [Patrick Buisson, ndlr] est confiée la fabrication d'un sondage sur les intentions de vote.»

Dans la plupart des cas, l'idée du sondage fuité est d'alimenter les ralliements ou le soutien des électeurs au candidat déjà donné comme le mieux placé pour gagner. Les chercheurs en sciences politiques appellent cela le bandwagon effect, comme on saute dans un train en marche. Apparemment, celui de Nicolas Sarkozy approche de l'entrée en gare...

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