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Les réactions à l'affaire des photos dénudées de Jennifer Lawrence sont la preuve que le monde avance dans le bon sens

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 02.09.2014 à 13 h 52

Jennifer Lawrence, à la cérémonie des Oscar, le 2 mars 2014. REUTERS/Adrees Latif.

Jennifer Lawrence, à la cérémonie des Oscar, le 2 mars 2014. REUTERS/Adrees Latif.

Quand, en septembre 2011, Scarlett Johansson se retrouve victime d'un hacker qui poste en ligne des photos d'elle complètement nue, le blogueur people américain Perez Hilton, qui relate depuis 2004 les frasques des célébrités, poste les photos (retirées par la suite à la demande de l'intéressée). Avec pour commentaire

«Tisk, tisk, tisk!

On s'attendait à ce qu'elle soit un peu plus intelligente que ça! Hé bah!

On se demande pour qui elle les a prises?! Sean ou RyRy?! Ha!»

Quand les photos de Jennifer Lawrence ont fuité ce 31 août, le même blog a d'abord posté les photos avant de les retirer sans attendre les injonctions de la comédienne, explique-t-il. Dans une vidéo étonnante, l'auteur du blog, qui depuis une décennie poste scandale après scandale les photos dénudées de célébrités, explique qu'il a eu une révélation éthique: ce n'est pas bien de faire du recel de photos de l'anatomie des stars. 


Dans cette vidéo, Perez Hilton explique:

Je suis coupable d'avoir posté les photos sur mon site sans penser aux répercussions de mes actions [...]. Beaucoup d'entre vous m'ont dit que j'avais tort et je n'avais même pas réfléchi à mes actes, je m'étais juste dépêché pour sortir ces photos aussi vite que possible. [...] Honnêtement, sincèrement, je n'ai pas pris le temps de réfléchir. [...] Certains me traitent de violeur, de délinquant sexuel. Je ne suis pas d'accord, mais j'ai eu besoin de faire une pause pour y réfléchir. [...] Je m'excuse, sincèrement auprès de Jennifer Lawrence de ma négligence, et je vais saisir cette occasion d'apprendre et de m'améliorer et de changer certaines choses. Une semaine avant l'incident de Jennifer Lawrence, j'ai posté une vidéo de [l'émission] 5 Seconds of Summer [...] Je vais changer certaines choses. Parce que j'en ai envie. Si je voulais que tout ça passe inaperçu, je l'aurais ignoré. [...] Mais je veux faire ce qui est juste, je veux m'améliorer. Je ne posterai plus de photos intimes comme celles-ci, ni de Jennifer Lawrence ni de Calum Hood de 5 Seconds of Summer. Je pense que c'est la chose à faire pour eux, pour moi, pour tout le monde: ne pas perpétuer ça.»

Ce message est assez sidérant. Si vous connaissez de nom, de réputation Perez Hilton, vous devez savoir qu'il a construit sa carrière sur la médisance et le non respect des célébrités. Pourquoi ce retournement de situation, après avoir posté des centaines, voire des milliers, de photos privées depuis des années? 

Il y a le fait, bien sûr, que Jennifer Lawrence est très jeune, très appréciée du public et que la voir ainsi vulnérable est sans doute plus dérangeant que de voir Paris Hilton exposée. Comme l'expliquait Michael Atlan sur Slate en 2013, Jennifer Lawrence «est naturelle. Elle a les pieds sur terre. Elle a le charme de la girl next door qui ne s’en laisse pas compter. Bref, elle fait son entrée dans la grande tradition des "petites fiancées de l’Amérique", les Meg Ryan, les Reese Witherspoon, les Judy Garland». Qui voudrait s'en prendre à Judy Garland?

Sécurité en ligne

Mais il y a aussi le fait que scandale après scandale, et à la suite de celui du NSA, les internautes se rendent compte peu à peu que la façon dont les stars voient leurs comptes (iCloud, Dropbox, Snapchat?) hackés dit aussi à quel point leur sécurité en ligne est mise à mal. Parce que vous aussi, les photos que vous envoyez à votre +1 peuvent se retrouver en ligne. Et, soyons honnêtes, ça n'excitera probablement pas autant de monde que les photos de Jennifer ou Scarlett, mais vous ne trouverez sans doute pas ça tellement plus agréable. 

Il y a moins d'articles comme celui, incroyable, de Voici, au moment de la sortie des photos de Scarlett Johansson (titré «Des photos de Scarlett Johansson nue sur le net! Le monde en rêvait, Internet l’a fait» et commençant par: «Messieurs, Dieu existe! Et c’est le Vatican qui va être content, un internaute en détient la preuve irréfutable: deux clichés de Scarlett Johansson nue comme un ver sont apparus sur le net») parce qu'il y en a bien plus sur la façon dont le scandal interroge:

Féminisme

Cela ne veut certainement pas dire que beaucoup de gens ne continuent pas de se moquer d'elle, de son désarroi –surtout parmi ceux qui maîtrisent les codes et savent assurer leur sécurité en ligne– et d'incriminer les stars, comme si elles n'étaient pas victimes mais au contraire coupables, de ne pas avoir prêté assez d'attention à leurs photos, voire de les avoir prises.

Mais de plus en plus de journalistes défendent la jeune femme comme jamais auparavant. Par exemple, Forbes et le Guardian, qui n'avaient pas traité la sortie des photos nues de Scarlett Johansson, se fendent cette fois-ci de deux articles. Le premier pour dire qu'il faut arrêter de blâmer les stars pour ces photos, le deuxième pour inciter à ne pas cliquer sur ces photos au risque de se rendre complice de l'offense faite à l'actrice. 


Ces deux articles montrent que la misogynie ordinaire, qui consiste à sous-entendre que les scandales de photos dénudées sont le fait de femmes aux moeurs légères qui ne sont pas loin de mériter ce qui leur arrive, recule. Et, bien sûr, si elle avait reculé suffisamment, il n'y aurait pas besoin de les écrire; mais c'est un progrès non négligeable.

Un témoignage de la façon dont les femmes sont de moins en moins déconsidérées, notamment parce qu'elles ont de plus en plus de place pour s'exprimer et faire valoir leur point de vue. Comme ici: les deux auteures de ces articles du Guardian et de Forbes qui contribuent à inverser les perspectives sont justement des femmes. 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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