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Comment les chrétiens conservateurs contournent la réforme de la santé d'Obama

Claire Levenson, mis à jour le 02.09.2014 à 8 h 40

Une pancarte lors d'une manifestation devant la Cour suprême, le 25 mars 2014. REUTERS/Larry Downing.

Une pancarte lors d'une manifestation devant la Cour suprême, le 25 mars 2014. REUTERS/Larry Downing.

La réforme de la santé mise en place par Barack Obama a permis à environ 20 millions d’Américains d’obtenir une assurance maladie abordable, mais au nom de leur liberté de conscience, de nombreux chrétiens conservateurs continuent de refuser ce système.

Au lieu de payer une assurance qui rembourse les procédures médicales de personnes qu’ils jugent immorales –comme les alcooliques ou les femmes qui se vont avorter– près de 300.000 Américains religieux préfèrent adhérer à des coopératives qui leur permettent de s’aider entre bons chrétiens.

La loi dite «Obamacare» oblige tous les Américains à être assurés par des compagnies approuvées par le gouvernement, sous peine de payer des amendes. Mais la droite religieuse est parvenue à faire en sorte que soit inclue une exception pour ceux qui choisissent de faire partie de certaines coopératives chrétiennes.

Ces organisations peu régulées existent depuis les années 1980, mais depuis le passage de la réforme de santé, le nombre de leurs adhérents a beaucoup augmenté. Leur fonctionnement est simple. Chaque membre donne de l’argent tous les mois dans un pot commun et, lorsqu’un adhérent est malade, tous unissent leurs ressources pour payer ses frais d’hôpital. Mais contrairement aux assurances réglementées par la loi, il n’y a pas de garantie qu’un certain pourcentage minimum sera pris en charge. Si un malade coûte trop cher, il est possible que la coopérative n’ait pas les moyens de l’aider.

Contrats contraignants

En outre, les contrats de ces organisations sont extrêmement contraignants. Celui de Samaritan Ministries, une des trois coopératives qui existent dans le pays, donne une liste de conditions préalables à l’adhésion (le tout doit être certifié par un pasteur, avec déclaration signée):

– Aller a l’église régulièrement (au moins trois ou quatre fois par mois).

– Ne pas se droguer et ne pas fumer. Le contrat précise qu’«un cigare ou une pipe sont exceptionnellement autorisés, par exemple pour célébrer la naissance d’un enfant».

– Ne pas trop boire d’alcool (ne jamais être ivre).

– Ne pas avoir de rapports sexuels hors mariage (avec la précision qu’il s’agit bien de mariage «biblique» entre un homme et une femme).

– Le suivi de la grossesse d’une femme non mariée ne sera pas remboursé par le groupe.

«Les chrétiens sont en meilleure santé que les autres. Songez à tous les problèmes médicaux qui résultent d’une vie de débauche», résumait un adhérent interviewé par le Washington Post.

«La solution biblique à vos coûts médicaux»

Dans le milieu de l’assurance maladie chrétienne, Samaritan Ministries a deux concurrents: Christian Healthcare Ministries –«la solution biblique à vos coûts médicaux»–, dont le site Internet explique que partager ses factures entre chrétiens est une façon de «glorifier Dieu», et MediShare, qui donne à ses adhérents «la garantie que leur argent sert à aider des chrétiens dont le mode de vie fait honneur à Dieu».

Malgré les discours sur le partage et l’amour du prochain (la Bible est citée abondamment dans les contrats), l’approche de ces coopératives est plutôt égoïste. L’assurance maladie telle qu’elle existe actuellement aux Etats-Unis implique une certaine solidarité forcée: ceux qui sont rarement malades paient en partie pour ceux qui accumulent les problèmes de santé. Or, les adhérents de ces groupes chrétiens choisissent de se désolidariser des «pécheurs» en refusant de payer pour ceux qui font des «mauvais choix de vie».

Interrogé par la radio publique NPR, un autre adepte de cette assurance alternative expliquait:

«J’aime bien ce système car cela me permet de ne pas payer pour quelqu’un qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement.»

Utilisation de la liberté de conscience

En excluant tous ceux qui ont des comportements à risque –comme la consommation d’alcool, de tabac et de drogue–, ces associations se protègent de certains coûts. Alors que la loi américaine oblige par exemple les assurances à rembourser des cures de désintoxication, ces coopératives n’auront jamais à prendre en charge ce type de frais.

Ces associations ne sont acceptées que dans une vingtaine d'Etats américains, notamment en raison des faibles garanties qu’elles donnent à leurs membres. A la fin des années 90, une enquête avait révélé que les leaders d’une de ces organisations avaient détourné plus de 25 millions de dollars payés par leurs adhérents pour s’offrir des maisons et des motos de luxe.

Plus généralement, l’existence de ces coopératives montre comment la droite conservatrice utilise la liberté de conscience pour limiter les effets de la réforme de santé. Cet été, ce mouvement a obtenu une grande victoire à la Cour suprême, qui a donné raison à des chefs d’entreprise chrétiens qui refusaient de rembourser la contraception de leurs employés en arguant que c’était en désaccord avec leurs convictions religieuses.

Claire Levenson
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Journaliste
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