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Ces petites bulles anxiogènes qui s'affichent quand on vous envoie un texto

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 01.09.2014 à 20 h 22

Capture d'écran d'un échange sur iMessage

Capture d'écran d'un échange sur iMessage

Je me souviens très bien des premières semaines au cours desquelles j'ai commencé à fréquenter le mec merveilleux et peu loquace avec qui je partage aujourd'hui mon gel douche. J'envoyais un texto, il mettait 10 minutes à répondre, faisant apparaître ces petites bulles:

Et à la fin, j'avais droit à un truc genre: 

Des minutes de stress intense, pendant lesquelles je me demandais quelle grande déclaration allait sortir. Un système fort anxiogène, auquel le New York Times consacre un article. Il y a quelques mois déjà, Medium expliquait:

«Les points de suspension qui apparaissent quand quelqu'un écrit un message dans iMessage est sans doute la source la plus importante d'espoir et de déception ultime de notre quotidien. (…) Les points sont là, il écrit quelque chose de vulnérable, de profond, de vrai, d'honnête. C'est long. Vous attendez. Posez le téléphone. Vous le reprenez. Toujours ces points. Puis ils s'arrêtent. Plus de points. Rien. Puis... attention... "Je dois filer. On se parle plus tard."»

Les prémisses de cette fonctionnalité datent des années 90 explique le quotidien américain, mais sa forme actuelle date de 2005, quand BlackBerry l'a mise en place. Deux ans plus tard, Apple l'introduisait sur ses téléphones. C'est une simple variation des chats en ligne, où l'on voit: 

Fin de la désinvolture

Le fait que la personne à qui l'on s'adresse sache que l'on est en train d'écrire est aussi anxiogène pour la personne qui écrit. Jusqu'à ces nouvelles fonctionnalités, l'écriture non utilitaire (rapports d'activité, livres de comptes, etc.) a toujours été une activité calme, possiblement lente, dans la vie personnelle des écrivants: un «retour en vous-même», une «plongée dans votre propre monde»...

La correspondance, les mails, les journaux intimes: autant de manière de formuler sa pensée tranquillement, en choisissant chaque mot en plusieurs minutes si besoin, en faisant des pauses. Il y a quelques années, les réponses amoureuses à des textos pouvaient même prendre plusieurs heures. On n'avait pas toujours son portable sur soi, on pouvait prendre le temps de formuler sa réponse, et faire croire à l'autre que l'on avait été très rapide, et désinvolte dans la rédaction du message, que l'on venait seulement de voir le sien. 

Cette désinvolture est révolue. Dans The New Republic, Clive Thompson, auteur de Smarter Than You Think: How Technology Is Changing Our Minds for the Better,  (Comment la technologie change nos esprits, pour le meilleur), expliquait en janvier dernier:

«Peut-être [que quand je mets du temps à écrire] je dois repenser ce que j'écris avant de l'envoyer, peut-être que j'ai été interrompu par autre chose, comme un appel. Mais je sais que la personne, de l'autre côté du message, a peut-être vu que j'avais commencé à écrire puis arrêté — donc je sais que, peut-être, cette personne se demande ce qui est en train de se passer dans ma tête. (...)»

La solution évidemment (je sais que vous l'avez déjà fait, ne mentez pas): écrire dans une note, dans un brouillon, quelque part, votre réponse, avant de la copier-coller dans la zone d'iMessage. Pour alléger le poids des bulles. 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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