Culture

Littérature urbaine: la gentrification inversée de la littérature

Temps de lecture : 2 min

Prodigy avec son groupe Mobb Deep à New York en 2007. REUTERS/Lucas Jackson
Prodigy avec son groupe Mobb Deep à New York en 2007. REUTERS/Lucas Jackson

A l'instar d'Albert Johnson -alias Prodigy - ou de 50 Cent, de plus en plus de rappeurs se tournent vers la littérature. Une nouvelle tendance, explique le site NPR, qui consacre un article à la question. Simon and Shuster, l'une des plus grandes maisons d'édition de langue anglaise, a même un département de «littérature urbaine» nommé Cash Money Content, du nom du label de rap Cash Money Records (Drake, Nicki Minaj) qui le dirige.

L'éditeur de Prodigy, Johnny Temple, explique:

«La soi-disant "littérature urbaine" est ce que l'édition a de plus proche de la musique hip-hop. Et exactement comme quand le hip-hop est apparu, que tout le monde pensait que ça durerait deux ans, et que ça a aujourd'hui transformé le monde musical, j'ai toujours pensé que la littérature urbaine avait un gros potentiel».

Ce genre - assez embryonnaire et peu considéré en France, représenté par exemple par Faïza Guène (Kiffe Kiffe Demain), Rachid Djaïdani (Viscéral) ou Samira El Ayachi (La vie rêvée de mademoiselle S.) - date des années 60 aux Etats-Unis, et a été renouvellé au début des années 2000 avec quelques succès emblématiques dont le best-seller The Coldest Winter Ever. Ce qui a permis au genre d'être pris au sérieux par les éditeurs.

«Au départ, nous n'avions jamais d'avances», explique l'auteur K'wan, qui a publié une vingtaine de livres. Et puis soudain des éditeurs ont débarqué avec des propositions à six chiffres.

Celui de K'wan, Temple, comme Prodigy, explique que le but de sa maison d'édition, Akashic, est simple:

«Le slogan d'Akashic — c'est un peu une blague mais pas vraiment — est "la gentrification inversée du monde littéraire"».

La littérature urbaine a du point de vue des éditeurs, longtemps été paradoxale: elle s'adresse à une population qui lit peu: les jeunes, les milieux populaires. En France, le romancier Thibault Baka qui s'inscrit d'ailleurs dans cette mouvance s'était entendu dire à ses débuts que ce qu'il faisait était «très banlieusard». Ce qui était un mauvais point car «les banlieusards ne lisent pas»...

Mais cette littérature est aussi justement le moyen d'attirer de nouveaux lecteurs. En 2008, le New York Times expliquait ainsi la façon dont le réseau de bibliothèques de Queens, quartier défavorisé de New York, se penchait sur cette littérature. «Nous avons des gens qui lisent pour la première fois. Des gens qui viennent et demandent un livre de Teri Woods — créatrice d'Angel [personnage de littérature urbaine] — qui ne sont jamais venus avant» expliquait alors une bibliothécaire. «Pourquoi est-ce qu'on n'embrasserait pa sle phénomène?»

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