HistoireAllemagne

Quand la Stasi recrutait des anciens SS

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 10.09.2014 à 11 h 58

Repéré sur Der Spiegel, Die Welt

Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 2014. REUTERS/Kacper Pempel

Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 2014. REUTERS/Kacper Pempel

Si l'ex-RDA se revendiquait fièrement comme un pays «antifasciste» dans lequel les anciens nazis n'avaient pas droit de cité, elle a pourtant permis en toute connaissance de cause à de nombreux criminels nazis de couler des jours paisibles sur son sol sans être jamais inquiétés. La Stasi a même contraint plusieurs anciens SS à rejoindre ses rangs en tant qu'informateurs sous la menace d'être livrés à la justice est-allemande. Comme l'explique à Der Spiegel le chercheur allemand Henry Leide, membre des archives de la Stasi et auteur d'un livre consacré à la deuxième carrière de ces criminels nazis au sein des services de renseignements de l'ancienne dictature communiste:

«Les criminels nazis avaient de grandes chances de s'en tirer à bon compte quand ils restaient discrets ou coopéraient.»

L'hebdomadaire allemand relate l'histoire de Josef Settnik, qui avait rejoint la Waffen-SS de son plein gré et travaillé à partir de janvier 1942 au camp de concentration d'Auschwitz, qui était persuadé que c'en était fini de lui le jour où il a reçu une convocation dans les bureaux de la Stasi:

«Dans cet État-modèle antifasciste qu'était la RDA, il s'attendait fermement à être envoyé face à un tribunal. Il avait fait ses adieux à sa femme et prié pour son salut, disait-il. À la fin de l'entretien, il pleurait assis sur sa chaise – parce que les gens de la Stasi lui avaient une offre qu'il ne pouvait décliner. Son passé dans la SS serait oublié s'il coopérait avec le ministère de la Sécurité d'État. Dorénavant il espionnerait les membres de sa communauté catholique.»

Seuls 739 criminels nazis ont été condamnés en RDA, la plupart dans les années qui ont suivi la fin de la guerre. Et on estime à à peine une petite vingtaine le nombre de personnes qui ont été jugées pour des actes criminels commis dans les camps de concentration. Du point de vue des dirigeants communistes, toute nouvelle action en justice dans les décennies qui ont suivi la Seconde guerre mondiale serait venue salir l'image irréprochable que voulait donner d'elle l'ex-Allemagne de l'Est face à sa rivale de l'Ouest, comme l'écrit Der Spiegel:

«Chaque procès était un aveu que la version officielle – tous les nazis sont condamés depuis longtemps ou ont fuit à l'Ouest – était fausse.»

Comme le faisait remarquer le quotidien Die Welt en 2011, les anciens nazis n'ont pas seulement profité de l'amnésie feinte par la Stasi mais aussi des largesses du SED, le parti au pouvoir en ex-RDA: jusqu'à la chute du régime en 1989, il comptait dans ses rangs de nombreux anciens membres du NSDAP, bien plus qu'on en trouvait en moyenne dans la population. Comme le rapportait Der Spiegel en 2006 à l'occasion de la publication des recherches d'Henry Leide, le SED comptait en 1951 en son sein 174.928 anciens membres du NSDAP ou anciens officiers de la Wehrmacht.

«La première et la seconde dictature qu'il y a eu sur le sol allemand étaient bien plus proches que ce qui est gravé dans la conscience de l'Allemagne réunifiée», conclut Die Welt.

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