Santé

Ebola: allons-nous tout simplement, dès demain, «regarder crever les Africains»?

Temps de lecture : 2 min

Au Liberia, le 11 août 2014. REUTERS/Stringer.
Au Liberia, le 11 août 2014. REUTERS/Stringer.

Le Dr Mergo Terzian, 42 ans, est depuis un an président de MSF France. De nationalité franco-libanaise et d’origine arménienne, ce pédiatre de formation a rejoint l'organisation en 1999 en qualité de médecin expatrié pour une première mission en Sierra Leone. Il a exercé dans plusieurs pays avant d’intégrer le pool des urgences en 2005. En 2007, il rejoint le siège à Paris, et en 2010 devient le responsable des urgences.

L’urgence, pour MSF, c’est Ebola. Ce vendredi 29 août, le Dr Terzian était l’invité d’«Inter-Treize», le journal de 13 heures de France Inter (son intervention commence autour de 8'40'').

Sans emphase, mais avec une violence contenue, il a dit l’essentiel de la lecture politique actuelle de MSF. Ce point de vue mérite d’être écouté: MSF est depuis cinq mois en première ligne sur le front de l’épidémie, dont elle a annoncé dès le 24 juin qu'elle était hors de contrôle (après une alerte en avril de la société française d’assistance «International SOS»). La communauté internationale n’a pas pris au sérieux cette «petite association de médecins».

1. MSF «est à la rue». «L’OMS n’est pas à la hauteur» de la situation épidémique et de la réponse qu’elle réclame. Répétons: MSF accuse ouvertement l’OMS de ne pas répondre à sa mission sanitaire et humanitaire. C’est une accusation grave.

2. La stratégie actuelle de lutte contre l’épidémie (celle de MSF comprise) ne «marche plus», n'est plus adaptée à la situation épidémiologique. Le dispositif actuel ne permettra pas de contenir l’épidémie à court ou moyen terme.

3. La réponse actuelle de la communauté internationale est à la fois insuffisante et inadaptée. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se saisir de cette question, désigner un vrai leadership. Organiser la réponse. La structurer. Aujourd’hui, c’est le chaos.

4. Les mesures actuelles prises par les pays occidentaux (à commencer par l’arrêt des dessertes aériennes –comme Air France pour la Sierra Leone) sont des mesures qui auront des conséquences plus graves que le mal contre lequel ces pays entendent lutter. Il en va de même pour les fermetures des frontières.

5. La somme des mesures actuellement prises conduisant, de facto, à mettre les pays touchés en quarantaine aura de redoutables conséquences sanitaires, économiques, politiques et sociales. De ce point de vue, la guerre contre le virus pourrait, mal conduite, générer d’autres formes de guerres dans cette partie de l’Afrique.

«Allons-nous regarder les Africains crever?», a demandé en conclusion le Dr Mergo Terzian. La question a peut-être heurté certains auditeurs de France Inter. Le Dr Terzian s’est excusé d’être un peu cynique. Cynique? C’était malheureusement la bonne formulation pour une question qui ne fait que commencer à être posée.

Jean-Yves Nau Journaliste

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