Histoire

«Si j'avais déserté, ils m'auraient tué»: un garde d'Auschwitz de 91 ans se confie au Spiegel

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 29.01.2015 à 10 h 23

Repéré sur Spiegel

Auschwitz II / Miika Silfverberg via Flickr licence by

Auschwitz II / Miika Silfverberg via Flickr licence by

Il souhaitait «témoigner», et partager sa version de l’histoire. Il y a quelques jours, les procureurs de Stuttgart ont abandonné leurs poursuites contre lui, pour complicité dans les crimes de guerre d’Auschwitz, parce qu’il a déjà été condamné en 1948 par une cour polonaise. Tout ce qu’il a demandé, c’est que son nom reste anonyme.

En 1942, Jacob W. avait 19 ans, et poursuivait des études d’architecture en Yougoslavie, quand il a reçu une lettre qui a fait de lui un garde SS dans l'un des camps de concentration les plus tristement célèbres, Auschwitz, où il est resté jusqu’à janvier 1945.

Là-bas, il a observé jour après jour depuis une tour «l’usine de l’anéantissement humain», comme le relate le Spiegel, auquel il s’est confié, en présence de sa femme et de son voisin qu’il avait invité (pour montrer qu'il n'avait pas de secrets).

Il dit ne ressentir aucune culpabilité, car il n’a pas lui-même tué, et ne pouvait pas faire autrement:

«Si j'avais déserté, ils m'auraient tué».

Son témoignage sur le quotidien dans l'univers concentrationnaire est saisissant. C’est sans doute l’un des derniers recueillis.

Il raconte son travail, et décrit ce qu’il voyait. Pendant que les prisonniers allaient travailler sur des routes, lui lisait le journal ou la Bible: «Je crois que c’était la volonté de Dieu que je ne sois qu’un garde. Et pas membre d’un peloton d’exécution».

Selon lui les échanges avec les prisonniers étaient rares, parce que la majorité des gardes détestaient les Juifs, qu’ils considéraient comme responsables de leur présence dans ce camp pour les garder. Lorsque des bribes de mots sont échangées, la conversation tourne court:

«Une fois nous devions surveiller ces deux femmes qui travaillaient, très jeunes. Alors je leur ai demandé: ‘Pourquoi êtes-vous là ?’. Et l'une d'entre elle m’a répondu: ‘Parce que je suis juive’. Qu’est-ce que vous êtes censé dire après ça?».

Il raconte les visions d’horreur du camp, l’odeur des fours crématoires et le remplissage incessant des fosses communes.

S’il ressent une once de culpabilité pour ce qui est arrivé? «Non, je n’ai pas ce sentiment. […] Je n’ai jamais fait de mal à un juif. Mais je n’ai pas non plus été capable d’en aider un», affirme-t-il.

En 2011, l’ancien garde du camp de Sobibor John Demjanjuk a été condamné à cinq ans de prison. C’était la première fois qu’un garde était alors condamné «pour crime de guerre sans pour autant pouvoir prouver qu'il a participé à une tuerie», rapportions-nous à l'époque.

D’autres nonagénaires suspect (le plus vieux a 97 ans) sont encore poursuivis par la cour de Stuttgart pour leurs responsabilité dans les camps.

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