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Pourquoi l’État islamique a-t-il autant de noms? Et comment devrions-nous l'appeler?

Temps de lecture : 2 min

Des militants de l'État islamique célèbrent la prise de la ville de Taqba, le 24 août 2014. REUTERS/Stringer.
Des militants de l'État islamique célèbrent la prise de la ville de Taqba, le 24 août 2014. REUTERS/Stringer.

Selon le Guardian, un groupe d'influence égyptien vient de demander aux observateurs occidentaux d'opérer un changement de nomenclature radical. Pour Dar al-Ifta, que le Guardian décrit comme «une branche du ministère égyptien de la Justice […] [et] une source d'autorité religieuse à l'intérieur comme à l'extérieur de l’Égypte», il n'est pas correct d'utiliser le dénominatif d'«État !slamique» pour désigner le groupe auto-proclamé comme tel combattant actuellement en Irak et en Syrie. A cette formule, Dar al-Ifta estime qu'il faudrait lui préférer celle des «Séparatistes d'al-Qaida en Irak et en Syrie», ou SQIS. Pour en savoir davantage, référez-vous à la campagne «Appelez-les SQ, pas EI» à l’œuvre sur les réseaux sociaux.

Il est tout à fait compréhensible que Dar al-Ifta ne veuille pas voir le terme générique d'«État islamique» s'appliquer à un groupe terroriste. Mais j'ai du mal à imaginer que «SQIS» fasse souche, vu que ni les gouvernements ni les médias n'ont pu parvenir à un consensus quant aux quatre (minimum) précédents noms du groupe.

Slate.com utilise le nom «État islamique en Irak et en Syrie» (ISIS). Pendant les premiers temps de son ascension, le groupe était souvent désigné aux États-Unis comme «al-Qaida» ou «lié à al-Qaida», qu'importe que la collusion n'ait été réellement effective qu'à partir de février dernier.

Selon Poynter, le New York Times, le L.A. Times, ABC News, CBS News et NBC News utilisent tous «ISIS». Du côté du gouvernement américain, et notamment du président Obama, du Pentagone et du Département d’État, la formule consacrée est «ISIL», pour «État islamique d'Irak et du Levant».

Voici encore peu de temps, le nom arabe du groupe était «ad Dawla al Islamiya fi al ‘Iraq wa ash Sham» –soit l’État islamique d'Irak et d'al-Sham– mais la traduction d'«al-Sham» peut se révéler problématique. Il s'agit d'un terme local pour désigner la Syrie, ou plutôt la «Grande Syrie» selon les aspirations territoriales du groupe, ce qui pourrait englober toute la région du Levant, avec Israël, les territoires palestiniens, la Jordanie et le Liban.

Puis, en juin, le groupe s'est déclaré «califat» et a changé son nom pour le plus simple «État islamique», afin de coller à ses ambitions globales. Un beau dilemme pour les agences et autres supports de presse. L'agence Associated Press, qui utilisait jusqu'alors «ISIL», est passée à l’État Islamique, idem pour le Washington Post, qui pour sa part lui préférait «ISIS». Chez Reuters, on alterne entre ISIS et l’État Islamique.

Dans la région, y compris chez des dignitaires gouvernementaux, le groupe est souvent appelé Da’ash, son acronyme arabe. Le terme est habituellement utilisé chez les adversaires du groupe et, selon plusieurs sources, se servir de cette formule est passible de 80 coups de fouet dans les zones contrôlées par ISIS.

Comme n'importe quelle autre organisation, les terroristes tiennent à leur identité de marque. Des documents récupérés dans la dernière cache d'Oussama ben Laden montrent qu'il avait pensé à changer le nom de son réseau: pour remplacer le générique Al-Qaïda («la base»), il avait envisagé le Groupe du Jihad et du Monothéisme, le Groupe de Défense de l'Islam et du Monothéisme, le Groupe de la Restauration du Califat et le Groupe de l'Unité Musulmane. Aucun de ces noms n'a subsisté.

Le plus souvent, ce ne sont pas les organisations terroristes qui décident de leur nom. Au départ, «Boko Haram» était le diminutif d'un groupe qui, dans sa version intégrale, pouvait se traduire par «les hommes dévoués à la propagation des enseignements du prophète et du djihad». (De même «Boko Haram» ne veut pas exactement dire «l'éducation occidentale est un péché», comme on le lit souvent. Selon des spécialistes de la langue Hausa, «boko» peut aussi dire «imposture» ou «inauthenticité»).

Mais pour l'EIIL et les autres, une chose est certaine: pas facile de contrôler le message quand ce sont les gens que vous avez jurés de trucider qui vont se charger de le faire passer.

Joshua Keating Journaliste

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