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Avec le départ de Montebourg, la France va plus facilement pouvoir obtenir ce que ce dernier souhaitait

Gérard Horny, mis à jour le 28.08.2014 à 13 h 57

Le remaniement ne règle pas le principal souci des dirigeants français: parvenir à modifier le cours de la politique économique européenne. Mais il accroît les chances de trouver une solution.

Angela Merkel et François Hollande lors des cérémonies commémoratives du débarquement en Normandie. REUTERS/Régis Duvignau.

Angela Merkel et François Hollande lors des cérémonies commémoratives du débarquement en Normandie. REUTERS/Régis Duvignau.

Si l’on en croit les commentaires officiels et officieux, la formation du gouvernement Valls II permettrait enfin de clarifier la politique économique de la France, qui aurait été écartelée entre deux tendances contradictoires: politique de l’offre contre politique de la demande, politique d’austérité contre politique de relance. La première l’emporterait, à la grande joie du patronat, au risque de provoquer la déception et la colère des partisans de la seconde, les seuls à être authentiquement de gauche.

Cette version des faits a pour elle le mérite de la simplicité: elle donne l’impression de comprendre les soubresauts de notre vie politique, de désigner des vainqueurs et des vaincus et de permettre à chacun de se situer par rapport à la ligne suivie par le gouvernement.

Il faut dire que le principal intéressé, l’ancien ministre de l’Economie et du Redressement productif Arnaud Montebourg, a beaucoup fait pour donner du crédit à cette version des événements. En apparence, il était un opposant de l’intérieur, déterminé à mener une autre politique économique que celle qu’il était censé défendre. N’appelait-il pas à «interrompre ce coulage de l’économie par l’austérité»? Un ministre de l’Economie qui dénonce la politique économique du gouvernement auquel il appartient, c’est pour le moins original. Et cela ne pouvait pas durer.

Mais, au-delà des mots, il y a une réalité qu’on ne peut occulter: l’opposition d’Arnaud Montebourg à la politique Hollande-Valls n’était pas aussi frontale qu’il le faisait croire. Il acceptait la réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros, il acceptait que les prélèvements soient réduits sur les entreprises.

Certes, il souhaitait que davantage d’efforts soient faits en faveur des ménages, et surtout que le rythme de la réduction des déficits publics soit revu à la baisse. Mais c’est exactement ce que ce se proposent de faire ou souhaiteraient pouvoir faire François Hollande et Manuel Valls. Entre les points de vue des trois hommes, il n’y avait pas de fossé infranchissable; d’ailleurs, si cela avait été le cas, la nomination d’Arnaud Montebourg à la tête du ministère de l’Economie dans le premier gouvernement Valls aurait été tout simplement inimaginable.

Mais, dans l’exercice du pouvoir, les mots comptent autant que les actes. A Frangy-en-Bresse, Arnaud Montebourg, consciemment ou non, a prononcé des mots de trop; il devait partir. Et, paradoxalement, son départ pourrait permettre à la France de mener enfin la politique qu’il prônait.

L'insulte est peu productive

La raison en est simple: dans une conjoncture beaucoup moins favorable que nos dirigeants (et beaucoup d’économistes) ne le pensaient, la réduction des déficits publics est très difficile. En tout cas, elle n’avance pas au rythme prévu, ainsi que Michel Sapin a bien dû le reconnaître publiquement.

Le déficit sera supérieur à 4% du PIB cette année et on ne voit pas très bien comment il pourrait être inférieur à 3% l’an prochain. La France aura donc beaucoup de mal à respecter ses engagements européens, sauf à couper davantage encore dans les dépenses ou à augmenter les impôts, ce qui, dans tous les cas, aurait des effets négatifs sur la croissance et compliquerait encore le problème.

La question, répétons-le, n’est pas de savoir s’il faut ou non réduire les déficits: il faut les réduire. Elle est de savoir à quel rythme il faut le faire. Et elle ne se pose pas seulement au niveau français, mais au niveau européen: si tous les pays font des efforts simultanés supplémentaires pour réduire leurs déficits, la demande interne va encore fléchir sur le continent et les seules perspectives de croissance reposeront sur les exportations hors de la zone euro.

Ce scénario ne déplaît pas aux dirigeants allemands, car leur industrie est suffisamment compétitive pour leur permettre d’exporter vers les Etats-Unis ou les pays émergents (encore que le recul du PIB allemand au deuxième trimestre montre qu’une Europe plus tonique pourrait être utile aussi à nos partenaires d’outre-Rhin), mais il serait catastrophique pour tous les pays à déficit ou dette public élevés. Bref, il est important d’arriver, au niveau européen, à un accord sur des politiques budgétaires plus souples. Dans le cas de la France, il s’agirait très précisément d’obtenir un nouveau délai de deux ans, jusqu’en 2017, pour ramener le déficit au-dessous de 3% du PIB.

Ce n’est possible que si l’Allemagne et d’autres pays du nord de l’Europe sont d’accord, ce qui était certainement impossible avec Arnaud Montebourg à Bercy: comment l’Allemagne pouvait-elle se montrer conciliante envers quelqu’un qui n’arrêtait pas de dénoncer la politique «austéritaire» (!) qu’elle aurait imposé à toute l’Europe? Il est difficile d’obtenir des gestes de sympathie de la part des gens que l’on insulte.

Arrêtons d'opposer politique de l'offre et de la demande

Dans un contexte plus détendu, les chances d’arriver à un accord sont plus élevées, et ce serait sans doute une bonne chose. Les économistes qui se réclament de la gauche et/ou de Keynes ne sont pas seuls à souhaiter un autre réglage de la conjoncture européenne. Dans son rapport sur la zone euro du 14 juillet dernier, le FMI exprimait son souci d’une grande prudence dans les mesures restrictives:

«L’orientation neutre de la politique budgétaire constitue le juste équilibre entre la maîtrise de l’évolution de la dette publique et le soutien de la demande. Mais les décideurs devraient éviter de couper dans les dépenses si la croissance déçoit les attentes.»

Plus récemment, à Jackson Hole, lors de la rencontre annuelle des gouverneurs de banque centrale, le président de la BCE Mario Draghi a souligné que, sans une demande agrégée plus élevée, la zone euro risquait de connaître un chômage structurel plus élevé et que les gouvernements qui font des réformes structurelles n’iraient pas loin. Il ajoutait toutefois que, sans réformes structurelles, les mesures pour augmenter la demande s’essouffleraient rapidement pour finalement devenir moins efficaces.

On ne saurait dire plus intelligemment que l’opposition entre politique de l’offre et politique de la demande est parfaitement stupide. L’une ne peut aller sans l’autre. Angela Merkel le comprendra-t-elle? En s’excluant du gouvernement, Arnaud Montebourg permet en tout cas au dialogue de s’engager plus sereinement.

Gérard Horny
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Journaliste
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