Culture

Mais à la fin, Tony Soprano, il meurt? David Chase a (peut-être) la réponse

Repéré par Nora Bouazzouni, mis à jour le 28.08.2014 à 14 h 53

Repéré sur Vox

Le créateur des «Soprano» a enfin répondu à la question qui obsède bon nombre de fans depuis sept ans. Enfin, en quelque sorte.

Tony Soprano, interprété par James Gandolfini.

Tony Soprano, interprété par James Gandolfini.

ATTENTION, SPOILERS! Si vous n'avez pas vu la fin des Soprano, passez votre chemin.

Mise à jour: dans la soirée, David Chase a fait parvenir aux médias un semi-démenti de l'article de Vox.

10 juin 2007. Douze millions d'Américains sont devant HBO pour regarder Made in America, le vingt-et-unième épisode de la saison 6 des Soprano. Le dernier.

Cinquante-trois minutes plus tard, Tony attend sa famille chez Holsten, où ils se sont donnés rendez-vous pour dîner. Il s'asseoit face à la porte pour surveiller les arrivées, parcourt le jukebox, puis choisit la chanson Don't Stop Believin', de Journey. Sa femme Carmela puis son fils A.J. arrivent. Meadow, la fille de Tony, met un temps fou à faire un créneau devant le diner. L'homme assis au comptoir jette des regards insistants sur la table des Soprano, puis se dirige vers les toilettes. Au moment où Meadow s'apprête à entrer dans le restaurant, Tony lève les yeux vers la porte et… plus de son, ni d'image.


Après huit années et 86 épisodes, voilà comment David Chase a mis fin aux Soprano. On imagine la stupeur (et la fureur) des téléspectateurs, dont certains se sont forcément demandés si leur télé n'avait pas choisir de les lâcher au pire moment possible. Eh non. Il a bien fallu s'en accomoder –et spéculer sur la suite. Qui s'est rapidement résumée à une question cruciale: Tony Soprano se fait-il descendre? Ce «cut» signifie-t-il la mort du personnage principal, tué par une balle dans la nuque devant sa famille?

Ce moment culte de l'histoire de la télévision a été maintes fois décortiqué façon thèse par de nombreux fans (si vous avez quatre heures, on vous conseille «Pourquoi Tony meurt chez Holsten à la fin des Soprano: l'explication ultime» ou encore cette analyse qui assène, catégorique: «Tony est mort, mes amis, aussi mort que le génial acteur qui jouait son rôle»). Des fans en colère, endeuillis, désemparés, à qui David Chase n'a jamais, jamais voulu apporter de réponse pour qu'ils puissent enfin tourner la page.

Même les acteurs n'ont pas d'explication au dénouement:

JAMES GANDOLFINI: «La première fois que j’ai vu la fin de la série, je me suis dit: "Mais c’est quoi ce bordel ? Après tout ce que j’ai subi, toutes les morts, ça finit comme ça?" Puis j’y ai réfléchi de nouveau à tête reposée et je me suis finalement dit que c’était parfait.»

Jusqu'à aujourd'hui.

Dans un article publié sur Vox, Martha P. Nochimson, écrivaine et critique ciné, raconte qu'un jour, alors qu'elle discutait avec Chase dans un café, la question lui a échappé.

«Il s'est soudainement tourné vers moi et m'a dit, furibond: "Pourquoi est-ce qu'on parle de ça?" Je lui ai répondu que c'était simplement par curiosité. Et là, je ne sais pas pourquoi, il me l'a dit.»

La réponse du showrunner, qui a gardé le secret pendant sept ans car il estime que «l'art du divertissement, c'est donner libre cours à l'imagination du public», a été pour le moins laconique:

«Non, il ne meurt pas.»

Voilà, maintenant vous savez.

Une décision saluée par Nochimson, pour qui Chase a osé sortir des sentiers battus —et rebattus— de la télévision ou du cinéma en balayant la solution de facilité et «ennuyeuse» d'une fin fermée. «L'art du dénouement, dit-elle, proscrit de dire simplement au public, avec des mots, que quelqu'un meurt, puisque les mots sont capables de créer l'illusion de sécurité et de contrôle. L'art de Chase vise un degré de connaissance silencieux et plus profond que les mots. Il pense que nous connaissons déjà la réponse, il suffit de regarder au plus profond de nous-mêmes.»

C'est le moins qu'on puisse dire, car dans la soirée, David Chase a fait parvenir aux médias un semi-démenti:

«Une journaliste de Vox a mal interprété les propos de Chase. Mettre dans la bouche de David les mots "Tony Soprano n'est pas mort" est inexact. Il y a un contexte beaucoup plus large autour de cette déclaration et, en tant que telle, elle n'est pas vraie. Comme l'a répété David Chase, "Que Tony Soprano soit vivant ou mort, là n'est pas la question." Il est vain de chercher à obtenir une réponse. L'ultime scène des Soprano soulève une question de l'ordre du spirituel qui n'a ni bonne ni mauvaise réponse.»

Quand Nochimson lui avait demandé ce que signifiait cette brutale «coupe au noir», le showrunner lui avait répondu qu'il s'agissait d'une allusion au poème d'Edgar Allan Poe Un rêve dans un rêve (ici traduit par Mallarmé):

«Tiens! Ce baiser sur ton front! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue: tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour —dans une vision où aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est qu’un rêve dans un rêve.

Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or –bien peu! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure– pendant que je pleure! O Dieu! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre? O Dieu! Ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve?»

Nous voilà bien avancés.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte