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Valls II: à Bercy, une clarification qui va jusqu'à la provocation

Gilles Bridier, mis à jour le 27.08.2014 à 15 h 19

Le remplacement d’Arnaud Montebourg manifeste la détermination de François Hollande, mais le choix de ne pas réunifier Économie et Finances sous la tutelle de Michel Sapin en nommant ministre de plein exercice l'ancien banquier d'affaires Emmanuel Macron va passer à gauche pour une provocation.

François Hollande, Michel Sapin et Emmanuel Macron, le 27 août 2014 à la sortie de l'Élysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

François Hollande, Michel Sapin et Emmanuel Macron, le 27 août 2014 à la sortie de l'Élysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Voilà qui a le mérite de la clarté. Dans le premier gouvernement de Manuel Valls, le ministre de l’Economie était chargé d’appliquer une politique économique définie à l’Elysée par un ancien concurrent au poste de président, et mise en musique à Matignon par un autre ancien concurrent. Egos aidant, la mayonnaise ne pouvait pas prendre. Dans le deuxième gouvernement Valls, on retrouvera à tous les niveaux les artisans de la ligne à suivre, ce qui devrait permettre d’avancer.

Entre François Hollande, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, les télescopages étaient d’autant plus prévisibles que, dans un Bercy bicéphale, avec Michel Sapin en charge des Finances et des Comptes publics, le portefeuille du ministre de l’Economie sortant était considérablement allégé, voire vidé de ses principaux outils de pouvoir. Certes, il comprenait ce qui se rattache aux forces vives et à la production, mais était privé des leviers qui permettent le pilotage de l’économie, particulièrement déterminants lorsqu’il s’agit de la relancer.

Autrement dit, le costume de ministre d’Arnaud Montebourg à l’Économie n’était guère plus large que celui qu’il portait auparavant comme ministre du Redressement productif, et de toute façon bien plus étroit que celui de son prédécesseur Pierre Moscovici.

En plus, on lui demandait d’appliquer une politique qu’il n’avait pas contribué à définir et dont il contestait les choix, comme le prouve son désaccord avec le chef de l’Etat sur la réduction du déficit public. Un comble pour un ministre de l’Économie!

Arnaud Montebourg n’étant pas en phase avec la politique menée par le gouvernement sous l’autorité du Président, sa nomination cinq mois plus tôt ne procédait que d’une combinaison politique mais n’avait aucun sens opérationnel. Elle ne pouvait produire que des étincelles de la part d’un homme qui, ayant déjà été candidat à la fonction suprême, rêve de le redevenir et a besoin pour cela de manifester sa différence.  Cette nomination était donc une erreur et la sortie d’Arnaud Montebourg est pour le moins logique.

Enfoncer le clou

Une fois cette clarification introduite dans l’action gouvernementale, reste à Manuel Valls, avec sa nouvelle équipe, à démontrer que la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de solidarité, pierre angulaire de la politique définie par François Hollande, est le bon choix pour ramener la croissance en France, dans le concert européen. La voix discordante d’Arnaud Montebourg ne va pas manquer de se faire entendre, mais de l’extérieur du gouvernement. Au moins les partitions sont-elles maintenant bien identifiées.

Mais l’épisode marquera le quinquennat. Car en nommant Emmanuel Macron à l’Economie, c’est un énarque de plus au gouvernement et un ancien banquier d’affaires passé par Rothschild et Cie qui entre à Bercy. Or, tout le monde se souvient, et surtout les électeurs de gauche, du discours du Bourget de François Hollande, point d’orgue de sa campagne pour l’élection présidentielle, fustigeant «le monde de la finance» et le désignant comme son principal ennemi à cause de pratiques qui débouchèrent sur la crise bancaire.

Même si le nouveau ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique n’a exercé que trois années dans les fusions-acquisitions, cette nomination ne manquera pas de passer pour une provocation aux yeux de la gauche de la gauche.

Pourtant, Emmanuel Macron n’est pas un nouveau venu dans le sillage de François Hollande, puisqu’il le soutint dans sa campagne contre Nicolas Sarkozy et entra dans son sillage à l’Elysée en mai 2012 comme secrétaire général adjoint de la présidence. En outre, il avait été rapporteur de la commission Attali pour la libération de la croissance française, qui préconisait la déréglementation de certaines professions protégées… Un sujet à l’ordre du jour de cette rentrée 2014. Et une fois à l’Elysée, il était également conseiller économique du président.

Par rapport à Arnaud Montebourg, c’est un avantage capital pour François Hollande: il n’y aura pas de fausse note à Bercy pour la mise en musique de la politique économique puisque son successeur est, peu ou prou, l’un de ses artisans.

En même temps, pour le chef de l'État, c’est une façon de revendiquer le virage social-démocrate que ses anciens alliés les plus marqués à gauche lui reprochent. «Tout zigzag rendrait incompréhensible notre politique», vient d’expliquer le chef de l’Etat, réaffirmant ses choix à huit mois d’intervalle. Avec Emmanuel Macron, il enfonce le clou.

Une arrivée peu discrète

Il s’y emploie d’autant plus que le nouveau gouvernement aurait pu aisément ne comprendre qu’une seule tête à Bercy, Emmanuel Macron y faisant par exemple son entrée avec le titre de secrétaire d’Etat sous la tutelle de Michel Sapin comme ministre en titre. Ce dernier a l’expérience des dossiers et la surface politique nécessaire, et sa loyauté vis-à-vis de François Hollande n’a jamais été prise en défaut.

Ainsi, l’arrivée d’un banquier d’affaires à Bercy, technocrate inconnu du grand public et sans passé politique, n’ayant jamais tâté du statut d’élu, aurait-elle été plus discrète pour une efficacité comparable dans l’application la politique économique. Mais François Hollande et Manuel Valls ont choisi de propulser le nouveau promu directement sous les projecteurs dans un Bercy à nouveau bicéphale.

Le message, avec cette nomination, est double. D’une part, l’exécutif maintient le cap de sa politique économique et ne tergiversera pas. D’autre part, il assume son virage social-démocrate de façon décomplexée et engage un bras de fer à gauche avec les tenants de l’orthodoxie. Ce qui finalement s’inscrit bien dans la continuité pour Manuel Valls qui déjà, en 2008, déclarait vouloir «en finir avec le vieux socialisme».

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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