Culture

Des machines à écrire en fond sonore pour augmenter la productivité des journalistes du Times

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 27.08.2014 à 15 h 48

Repéré sur The Independent, The Guardian

A typewriter / Takashi Hososhima via Flickr licence by

A typewriter / Takashi Hososhima via Flickr licence by

Ce mardi 26 août les journalistes du Times ont eu une surprise. Dans leur nouvelle salle de rédaction, à Baby Shard, dans le sud de Londres (où ils ont emménagé après avoir passé 28 ans dans le quartier londonien de Wapping), un haut-parleur a diffusé toute la journée le cliquetis reconnaissable de vieilles machines à écrire, rapporte The Independent.

Au fur et à mesure que l’heure du bouclage du journal approchait, le fond sonore s’est même fait de plus en plus intense, comme pour mimer l’urgence du rush final.

Selon un responsable de la société éditrice du Times, News UK, qui fait partie de l'empire de Rupert Murdoch, cet essai n'a pas forcément vocation à devenir permanent, rapporte The Guardian.

L'objectif, selon The Independent, est d’«augmenter les niveaux d’énergie et d’aider les journalistes à remettre leurs articles dans les temps».

L’expérience en a cependant dérouté quelques-uns. L’un d’entre eux a même essayé de baisser le volume, en vain.

Cette méthode censée motiver les salariés interpelle. La soumission à un fond sonore ne peut-elle pas causer au contraire un manque de concentration et se révéler gênante – d’autant plus si le volume va crescendo?

Une étude des chercheurs américains et canadiens Ravi Mehta, Rui Zhu, et Amar Cheem, publiée en 2012 dans le Journal of Consumer Research, et intitulée «Le bruit est-il toujours mauvais? Les effets des bruits ambiants sur la création cognitive», montre qu’un bruit ambiant d’un niveau modéré (70dB) augmente la créativité chez la plupart des gens, tandis qu’un niveau sonore trop fort (85dB) la détériore.

FastCoLabs avait même répertorié trois applications de fonds sonores censées augmenter la productivité, dont une, Thunderspace, qui simule le bruit de la pluie – un son proche du crépitement produit par un grand nombre de machines à écrire.

L'essai du Times pourrait donc susciter une émulation nouvelle au sein de la rédaction, mais cela reste à prouver.L’anachronisme de ce bruit dans une salle de rédaction par ailleurs dotée d’un tableau d’affichage ultra-moderne sur lequel apparaissent les réactions des internautes à chaque fois qu’un article est mis en ligne, ne laisse pas de surprendre.

Selon l’ex-journaliste au Times et professeur de journalisme à l’Université de la City (Londres) George Brock, interviewé par The Independent, on peut douter de la capacité de ce bruit ambiant à galvaniser les journalistes:

«Les machines à écrire ont disparu des salles de rédaction à la fin des années 1980. Il y aura très peu de personnes là-bas [au Times, ndlr] pour se souvenir du bruit que font les machines à écrire regroupées dans une salle de rédaction».

Peut-être faut-il voir dans cet essai une tentative de surfer sur l’engouement subitement remporté par les machines à écrire suite au lancement par Tom Hanks, grand fan de cette ancienne technologie, de l’application Hanx Writer, qui reproduit leur son.

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