Culture

C’est arrivé près de chez vous: comment Louis de Funès s’est brouillé avec Jean Gabin

Temps de lecture : 3 min

Petite vengeance, passions éphémères et bad timing… Tout au long du mois d’août, retrouvez les anecdotes obscures du cinéma français.

Le cinéma français a fêté, le 31 juillet dernier, les 100 ans de la naissance de Louis de Funès. L’acteur, décédé en 1983, reste l’un des artistes les plus populaires du XXe siècle et ses films continuent à enchanter le petit écran au gré des rediffusions estivales. Depuis le mois d’avril dernier, les touristes peuvent même se rendre dans son ancienne demeure, le château de Clermont, pour visiter le musée qui lui est consacré.

S’il fait toujours rire des générations entières, Louis de Funès avait aussi la réputation de ne pas être un partenaire facile –réputation en grande partie appuyée par Jean Marais, son archnémésis dans la vie et à l’écran.

Mais deux choses laissent à penser que ce fameux trait de caractère est exagéré: le fait que Jean Marais n’était, lui-même, pas vraiment réputé pour se moucher du coude; et ce qui s’est passé avec Jean Gabin sur le tournage du Tatoué (Denys de La Patellière, 1968).

En 2005, les fils de Louis de Funès, Patrick et Olivier, content leurs souvenirs d’enfance dans la biographie Ne parlez pas trop de moi, les enfants! (éd. Cherche-Midi). Ils se souviennent d’une première rencontre étrange:

«Quelque temps après La Traversée de Paris et Le Gentleman d’Epsom, Jean Gabin nous invita chez lui en Normandie. Entassés dans notre Traction 11 légère, nous sommes arrivés un peu en avance dans la cour ensoleillée de sa propriété de L’Aigle: pas âme qui vive à l’horizon. Nous étions-nous trompés de jour? »

Avec l’aide de la femme de Jean Gabin, la famille de Funès se met alors à la recherche de l’acteur. Ils finissent par le trouver dans le garage, seul, écoutant la radio. Quand son épouse lui demande ce qu’il fabrique, Gabin, flegmatique, répond:

«J’m’emmerde!»

Patrick de Funès poursuit:

«En 1968, au moment du Tatoué, Jean Gabin, vieillissant, était moins affable. Pour se distraire, il avait décidé d’enquiquiner [mon père]. Roué comme un paysan, il s’était dressé un petit inventaire de ce qu’il pouvait faire pour l’agacer.»

Parmi les taquineries, le fils aîné de Rabbi Jacob évoque ce jour où, pour narguer son père qui, afin de mieux se concentrer avant le tournage d’une scène, mangeait peu, Gabin est arrivé vers lui en se frottant le ventre:

«Je viens de me taper un boudin purée! J’en ai repris trois fois!»

A cette époque, Louis de Funès a la cote: après la trilogie des Fantômas et les premiers Gendarmes à St-Tropez, le comique vient d’enchaîner deux grands succès populaires, Le Corniaud et La Grande Vadrouille. Jean Gabin, quant à lui, reste un grand acteur français, mais sa carrière est déjà derrière lui.

L’ambiance n’est donc pas délétère, mais les égos s’échauffent. Comme toujours, le coup de grâce a lieu à cause d’un journaliste, envoyé sur le plateau pour interviewer les deux acteurs principaux. Il commence par Louis de Funès: «Quels sont les films de Jean Gabin que vous préférez?». Bien élevé, l’homme répond: «Je les aime tous!».

Le journaliste réitère alors la question à Jean Gabin. La réponse est moins attendue. Celui-ci affirme qu’il n’a jamais vu un seul film de Louis de Funès, ce qui ne manque pas de blesser ce dernier. Olivier de Funès ajoute:

«L’échec de sa relation avec Jean Gabin dans Le Tatoué a bien failli détourner définitivement mon père des acteurs avec lesquels il n’avait pas l’habitude de travailler. Il en a beaucoup souffert, au point d’en parler dans une interview télévisée: "Vous savez, c’est très difficile de tourner avec un monsieur qui n’est pas drôle. Et [Gabin] n’est pas drôle du tout!"»

En 1971, quand il le recroisera par hasard sur le tournage du Chat, Louis de Funès se rabibochera avec Jean Gabin, désormais plus enclin aux blagues de bon goût. Pas rancunier pour un sou, il engagera également sa fille Florence en tant que scripte sur le tournage de L’Avare (1980).

La Tatoué fera plus de 3 millions d’entrées en France.

Elise Costa Journaliste

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