Monde

«Michael Brown n’était pas un ange», la phrase du New York Times qui fait polémique aux Etats-Unis

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 26.08.2014 à 8 h 25

Repéré sur The New York Times, The Washington Post, Columbia Journalism Review

Le cercueil de Michael Brown à St. Louis (Missouri), le 25 août 2014. REUTERS/Robert Cohen/Pool.

Le cercueil de Michael Brown à St. Louis (Missouri), le 25 août 2014. REUTERS/Robert Cohen/Pool.

«Michael Brown, 18 ans, dont l’enterrement aura lieu lundi, n’était pas un ange.» Cette phrase tirée d’un portrait du New York Times sur l’adolescent noir tué par un policier à Ferguson vient de provoquer de vives controverses aux Etats-Unis.

Les premiers paragraphes de l’article décrivent une vision que Michael Brown a racontée à ses parents. Quelques semaines avant de mourir, il a vu Satan courir après un ange dans le ciel et a commencé à prendre la religion plus au sérieux. Pour faire écho à cette vision d’ange, le journaliste a décidé d’utiliser la formule «Il n’était pas un ange».

Rapidement, un hashtag #noangel («pas un ange») a émergé sur Twitter afin de se moquer de cette formulation. Pour les critiques, ce choix de mots est symptomatique du deux poids deux mesures subi par les adolescents noirs. Un adolescent blanc qui fume des joints, porte des sweats à capuche et vole dans les magasins est vu comme turbulent et immature, un jeune noir qui fait la même chose est rapidement vu comme un criminel potentiellement dangereux. L’idée est que si la victime est afro-américaine et que sa vie n’est pas irréprochable –que ce n’est «pas un ange»–, on le soupçonnera de l’avoir bien cherché.

La médiatrice du New York Times a rapidement déclaré que ce choix de mots était «une erreur regrettable». L’auteur du portrait, lui-même afro-américain, a dit qu’il aurait simplement dû écrire que Brown n’était «pas parfait».

Etant donné que la personnalité et les détails du passé de Brown pourraient jouer un rôle dans le procès contre le policier qui l’a tué, notamment en influençant le jury, raconter sa courte vie était un exercice risqué.

Avant l’article du New York Times, l’écrivain Touré expliquait dans le Washington Post:

«Si vous avez un peu peur quand vous voyez un jeune noir qui s’approche de vous dans la rue, vous serez facilement convaincu que l’adolescent qui est mort n’était pas "quelqu’un de bien", qu’il était dangereux, et que peut-être il a fait quelque chose pour mériter son sort.» 

Dans ce portrait du New York Times, on apprend que Michael Brown buvait de l’alcool, fumait des joints, aimait jouer à la PlayStation et n’était pas violent. Le journaliste  John Eligon a tenté de ne pas diaboliser le jeune homme, sans non plus taire ses défauts:

«Il avait commencé à rapper ces derniers mois, et les paroles qu’il écrivait étaient parfois contemplatives, parfois vulgaires. Il s’était récemment bagarré avec un voisin. En même temps, il était très souriant, et très aimé par son entourage. Malgré ses difficultés scolaires, il a réussi à finir le lycée à temps.»

Certaines anecdotes paraissent superflues. On apprend que quand il était tout petit, Brown essayait de «sortir de son parc», et qu’il écrivait sur les murs avec des crayons. On nous précise que son casier judiciaire est vierge, mais qu’il a une fois emprunté la carte bleue de sa mère pour acheter des chaussures, et qu’en fait il s’est acheté une PlayStation.

Pour Christopher Massie de la Columbia Journalism Review, ces transgressions typiquement adolescentes sont «présentées comme anormales, voire pathologiques». En décrivant les défauts de l’adolescent, «l’article du New York Times ne suggérait évidemment pas que Brown méritait de mourir. Mais son portrait donne clairement l’impression que Brown était quelqu’un de particulièrement perturbé, et étant donné les circonstances, n’est pas loin de suggérer qu’il est en partie responsable de ce qui lui est arrivé».

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