Culture

La chercheuse qui veut sauver la mémoire des musiciens persécutés par les nazis

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 25.08.2014 à 18 h 46

Repéré sur LA TIMES, THE OREL FOUNDATION

Le carnet de la Société des droits d'auteur autrichienne, avec les noms des musiciens juifs barrés en rouge, retrouvé en 2010 (plus d'images ici)

Le carnet de la Société des droits d'auteur autrichienne, avec les noms des musiciens juifs barrés en rouge, retrouvé en 2010 (plus d'images ici)

James Conlon, directeur de l’Opera de Los Angeles, s’attache depuis plusieurs années à faire revivre des compositions de musiciens juifs réduits au silence par le régime nazi entre 1933 et 1945. Pour conserver et diffuser leur mémoire, en plus de produire leurs œuvres, il a également créé le site de l’OREL Foundation, sur lequel la chercheuse Carla Shapreau a récemment publié un article emblématique intitulé «La Société de droits d’auteur autrichienne et le blacklistage à l’ère nazi».

Cette avocate spécialiste de la propriété intellectuelle, chargée de cours à l’Université de Berkeley et fabricante de violons, dédie sa vie à documenter les persécutions dont ont été victimes les musiciens juifs sous le Troisième Reich et à traquer les instruments et les partitions qui leur ont été illégalement volés. En 2012 elle avait notamment retracé dans un article du New York Times l'histoire du violon Stradivarius offert par Goebbels en 1943 à la violoniste japonaise Nejiko Suwa.

Sur le site de l'OREL Foundation, elle relate sa découverte en 2012 lors d’une exposition à la bibliothèque de Vienne, d'un vieux carnet de 23 pages contenant 2.000 noms d’artistes affiliés à l’AKM (Société des Droits d’auteur Autrichienne).

500 d’entre eux sont barrés d’un trait rouge, rapporte le LA Times: des artistes juifs black-listés, que l’on a ainsi privés de royalties, et empêchés de se produire en Autriche et dans d’autres pays, dont les Etats-Unis (l’AKM avait des accords avec des sociétés de droits d’auteur américaines). Ce coup de stylo des autorités de la musique autrichienne constitue l’acte inaugural de la marginalisation de ces artistes, qui a mis un terme à leur carrière musicienne.

Pour James Conlon, interviewé par LA Times, le destin des compositeurs et des musiciens pendant l’Holocauste est «un sujet sur lequel il y a très peu de connaissance générale de ce qu’il s’est passé; nous essayons de l’ouvrir». Ce répertoire, d’abord découvert par les chercheurs autrichiens Christoph Lind et Georg Traska en 2010, en offre une possibilité unique.

«Nom après nom, ce petit mais non moins effrayant artefact de l’ère nazi barré de rouge était un prélude à la persécution des personnes du monde musical en cours en Autriche », écrit Carla Shapreau.

On y trouve par exemple le nom d’Eric Wolfgang Korngold, pionnier de la musique de film symphonique à Hollywood.

Certains des héritiers de ces artistes pourraient réclamer les royalties confisquées. Mais pour Carla Shapreau, ce répertoire «a plus de valeur en tant que testament d’une histoire tragique que comme levier pour ouvrir des poursuites sur des royalties confisquées», comme le relate LA Times.

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