France

L'après-Hollande a déjà commencé

Eric Dupin, mis à jour le 25.08.2014 à 14 h 21

Et c'est le cas aussi bien à gauche, avec une majorité disloquée, qu'à droite, où les appétits se bousculent.

François Hollande à Toulon, le 15 août 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

François Hollande à Toulon, le 15 août 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

«Qui voit Sein voit sa fin», dit un vieux dicton des marins bretons. Une coïncidence assez fâcheuse pour François Hollande qui visite, ce lundi, cette île au moment même où le gouvernement Valls, nommé il y a seulement cinq mois, est contraint à la démission. Une grave crise politique qui augure mal de l’avenir d’un président de la République de plus en plus affaibli et isolé.

La situation est totalement inédite sous la Ve République. Avant même la moitié de son quinquennat, le chef de l’Etat est aux prises avec les calculs et les ambitions de l’immense cohorte de ceux qui spéculent sans plus attendre sur son échec. Ces sombres anticipations alourdissent le climat politique et menacent sérieusement ce qui reste de la majorité présidentielle et parlementaire élue en 2012.

Solitude hollandaise

La faiblesse actuelle de Hollande tient à la conjonction d’une situation économique catastrophique et d’un vif rejet dans l’opinion. L’optimisme légendaire du président n’a pas résisté à la rafale des mauvais indices. Ses prétentions à réorienter les orientations macro-économiques au niveau européen sont sans cesse douchées par l’inflexibilité confirmée d’Angela Merkel.

Dans ce contexte, les Français crient de plus en plus fort leur contrariété. Selon l’indice historique de l’Ifop, Hollande s’enfonce à des niveaux d’impopularité absolument sans précédent depuis 1958: 17% seulement de personnes satisfaites de son action à l’Elysée contre 81% de mécontentes en août. Le changement de gouvernement de mars n’y a rien changé: la cote présidentielle n’a jamais été supérieure à 18% depuis avril. Pis encore, Hollande mécontente désormais une majorité de sympathisants du PS. C’est le cœur de son électorat qui décroche.

Manuel Valls ne protège d’aucune manière le chef de l’Etat. Au contraire, son capital de popularité s’est rapidement dissous à l’épreuve du pouvoir. L’action du Premier ministre ne satisfait déjà plus qu’un gros tiers des sondés. La chute de son indice Ifop de popularité de vingt points en trois mois est, là encore, sans précédent sous la Ve République.

La composition du deuxième gouvernement Valls a toutes les chances de manifester un dangereux rétrécissement politique de l’exécutif. L’arrivée probable de nouvelles personnalités n’engageant pas leur formation politique, tels certains écologistes ambitieux, masquera difficilement la disparition de l’éventail de sensibilités représentées au gouvernement. «Hollandais» et «vallsistes» ne constituent qu’une partie très minoritaire de la gauche française et même de la mouvance socialiste.

Une majorité disloquée

La constitution d’une «équipe en cohérence avec les orientations» présidentielles laissera ainsi le champ libre à tous ceux qui les contestent de plus en plus fermement. On se bousculera d’autant plus dans les rangs d’une contestation de gauche de la politique hollandaise que son inexorable faillite s’ancrera dans les esprits.

Le basculement d’Arnaud Montebourg dans l’opposition, apparemment prévu par lui-même depuis plusieurs mois, rajoutera une voix forte à la dissidence socialiste. Les fameux députés «frondeurs» vont y gagner un chef de file et leur audace ne pourra qu’en être encouragée. Cécile Duflot, appuyée par une majorité de son parti, compte bien, elle aussi, capitaliser désormais sur la «désillusion» hollandaise. Tout ceci conduit Jean-Luc Mélenchon, précurseur dans l’anti-hollandisme de gauche, à hausser encore le ton. Il vient d’estimer que l’actuel président de la République était, en fait, «pire» que son prédécesseur...

La volonté de ne pas laisser la gauche sombrer avec l’expérience hollandaise servira de justification à la rébellion de ceux qui sont convaincus qu’elle est vouée à l’échec. Au sein même du PS, de plus en plus nombreux seront les responsables décidés à organiser sans tarder un futur ne laissant pas de place à l’actuel hôte de l’Elysée. Hollande lui-même semble conscient de sa fragilité puisqu’il laisse au Parti socialiste le soin de décider d’organiser éventuellement une primaire pour la présidentielle de 2017...

Bousculade aussi à droite

L’après-Hollande qui se dessine, même s’il ne faut jamais exclure de spectaculaires rebondissements en politique, a pourtant peu de chances de profiter à une personnalité de gauche. Manuel Valls se grille dans la fournaise de Matignon et le charisme ondoyant d’Arnaud Montebourg convainc inégalement l’opinion.

L’organisation d’un recours à l’intérieur même de la gauche s’annonce pour le moins problématique. Une enquête d’intention de vote pour 2017, à lire avec toutes les précautions d’usage, révèle la très mauvaise posture du PS. Quel que soit son candidat, ce parti serait, dans l’état actuel des rapports de force, éliminé du tour décisif de la présidentielle.

Ces malheurs de la gauche stimulent sans surprise les appétits à droite où, là aussi, on se bouscule au futur portillon présidentiel. La déclaration de candidature d’Alain Juppé à la primaire de l’UMP complique plus encore le jeu dans l’opposition. Avec François Fillon et Nicolas Sarkozy, ce sont désormais trois personnalités qui entrent en concurrence ouverte. L’après-Hollande s’annonce tout aussi saignant à droite. 

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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