Parents & enfantsMonde

«Les enfants de Ferguson»: comment parler de la police aux enfants noirs?

Repéré par Nadia Daam, mis à jour le 23.08.2014 à 16 h 29

Repéré sur Gawker, Mashable

Après la mort de Michael Brown, une journaliste de Gawker a demandé à des parents afro-américains comment ils préparaient leurs enfants à éviter les affrontements avec la police.

Une petite fille se tenant près du lieu où Michael Brown à été abattu, à Ferguson, dans le Missouri. | 22 aout 2014, REUTERS/Adrees Latif

Une petite fille se tenant près du lieu où Michael Brown à été abattu, à Ferguson, dans le Missouri. | 22 aout 2014, REUTERS/Adrees Latif

La presse anglo-saxonne les appelle «les enfants de Ferguson». Des enfants âgés de 4 ou 5 ans à peine parfois qui participent aux manifestations qui ont suivi la mort de Michael Brown.



Mashable a d'ailleurs consacré une série de photos à ceux qui sont parfois en premières lignes: les enfants noirs des quartiers de Saint-Louis. Certains parents emmènent leurs enfants aux manifestations qui se déroulent en journée puis «rentrent chez eux des que le soleil se couche» pour ne pas les exposer aux violences qui émaillent les soirées.

Ne leur donne pas d'excuse pour te tuer.

Jazmine Hugues, journaliste afro-américaine.

D'autres choisissent de rester le plus tard possible pour montrer à leurs enfants «tous les aspects de Ferguson, y compris les plus sombres». Mais tous confient s'inquiéter pour l'avenir de leurs enfants qui seraient, selon eux, de potentiels futurs Trayvor Martin ou Michael Brown.

Jazmine Hugues est journaliste. Elle s'est interessée à ces parents et surtout à la manière dont ils éduquaient leurs enfants face à la menace que peut représenter la police pour eux. Elle-même noire, elle confie qu'«en tant que femme noire, rien ne [l]'empêchera de porter et d'élever [ses] futurs enfants, mais rien ne [l]'empêchera de les élever dans la crainte.» Et de poursuivre:

«Il y a tellement de choses que je dois dire à mon futur fils, avant même de lui avoir donné naissance [...]. De ne pas porter de sweat à capuche. De ne pas intervenir pendant une bagarre. De ne pas répondre à à la police. De ne pas demander d'aide. Mais tous ces conseils veulent dire une seule et même chose: ne leur donne pas d'excuse pour te tuer.»

Elle a contacté des parents et de jeunes Noirs et leur a posé une série de question. Aux parents:

«Quelles sont les règles, les avertissements, les tactiques de survies que vous donnez à vos enfants?»

Aux jeunes:

«Qu'avez-vous appris de cette affaire? Qu'avez-vous appris sur vous-mêmes?»

A tous:

«Qu'auriez-vous dit à Michael Brown avant qu'il ne quitte la maison le jour de sa mort?»

Voici quelques unes de leurs réponses:

Angela Jackson-Browne, 45 ans, Indiannapolis:

«J'ai élevé un beau-fils blanc, qui a 26 ans et mon propre fils noir, qui a 24 ans. Mes conversations avec eux concernant la police varient selon les circonstances. 
Quand ils sont ensemble, j'ai appris à mon beau-fils blanc qu'il sera traité comme son demi-frère noir. Ses privilèges de Blanc sont annulés dès lors qu'il est avec ses "frères Noirs".

 

J'ai aussi appris à mon beau-fils que quand il est seul ou avec des amis blancs, il sera traité avec un certain respect que son demi-frère ne connaitra jamais, et il a vu cela se vérifier maintes et maintes fois. Ironie du sort, il est celui des deux qui aime porter son pantalon très large et bas sur les fesses, mais il n'a jamais été harcelé par la police, même dans des situations où il aurait probablement dû l'être. 


 

Mon fils noir, je lui ai toujours appris à considérer la police de la même façon qu'il le ferait avec un membre du Ku Klux Klan, parce que dans la région du Sud où il a grandi, ce sont souvent les mêmes. Je lui ai appris à interagir avec eux le moins souvent possible. Si tu es arrêté pour une infraction au code de la route, souviens-toi de tes leçons de bonnes manières. Garde toujours tes mains là où elles peuvent être vues, et surtout, ne parlemente pas.

 

C'est aussi ce que mon propre père m'a appris et, malheureusement, si j'ai des petits-enfants, il semble qu'ils devront eux aussi entendre les mêmes conseils.»

Godfrey David, 25 ans, Brooklyn:

«J'ai toujours entendu les mêmes conseils de différentes personnes. Ne sois pas agressif. La police travaillant généralement en groupes de deux, si tu en vois un, suppose toujours qu'il y en a un autre caché quelque part. Neuf fois sur dix, les gens croiront la police, et pas toi. Si un policier te frappe, ne réagis pas. Et attend que quelqu'un passe et intervienne. Ne t'habille jamais comme tes amis, parce trois hommes vêtus de la même manière = gang.



 

Quand j'étais plus jeune, je pensais que ces conseils ne s'appliquaient pas à moi. Mais j'ai fini par comprendre quand j'ai été plus grand. J'ai été arrêté plein de fois au lycée. Je joue du cor et un jour, un policier m'a tiré hors d'un wagon de train parce qu'il pensait que je transportais une arme ou de la drogue dans mon étui.

 

Au collège, on m'a accusé d'avoir volé des ordinateurs portables, et un policier est venu chez moi. Il a été plutot correct, d'ailleurs. 

Je pense que les conseils que l'on m'a donnés sont de bons conseils, pragmatiques. J'ai l'intention d'avoir des enfants et je veux être un modèle pour eux. Mais je me surprends parfois à penser au monde dans lequel ils vont vivre. J'ai une hantise: de mourir entre les mains d'un policier. Et ce qui m'effraie le plus, c'est que cela puisse se produire devant mes enfants.»

La suite des réponses est à lire sur Gawker.

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