Double X

Lire «Fifty Shades of Grey» entraîne-t-il des comportements à risque chez les femmes?

Repéré par Julien Jégo, mis à jour le 22.08.2014 à 15 h 29

Repéré sur Michigan State University Today, Liebert Publishers

Fifty Shade of Grey par Mike Mozart | Licence CC by FlickR

Fifty Shade of Grey par Mike Mozart | Licence CC by FlickR

Le succès presque inattendu du livre de EL James Fifty Shades of Grey sorti en 2011 et qui permettait à n'importe qui de lire un livre érotique vaguement SM dans le bus ou dans le train n'a pas que des vertus. Selon une étude menée par l'Université d’État du Michigan, sa lecture est associée à des comportements à risque.

Pour établir ces conclusions, l'équipe menée par Amy Bonomi, chercheuse spécialisée dans les études sur la famille et les violences domestiques, a étudié les pratiques sociales et sexuelles de plus de 650 jeunes femmes âgées de 18 à 24 ans. Une partie de cet ensemble avait lu le livre tandis que l'autre non. 

Il en ressort que celles qui ont lu au moins un titre de la trilogie se retrouvent dans des relations de couple compliquées plus fréquemment. Ainsi elles auraient 25% plus de chances de se retrouver avec un compagnon qui les insulte et 34% plus d'avoir un partenaire qui les harcèlent moralement.

Mais ce n'est pas tout, celles qui auraient lu l'ensemble de la trilogie auraient plus tendance à consommer de manière excessive de l'alcool et à multiplier les partenaires sexuels.

Cette étude a un biais: elle ne s'attache pas à savoir quelles étaient les pratiques de ces jeunes femmes avant la lecture du roman et donc s'il a réellement eu une influence. La directrice de ces recherches pointe elle-même le fait que «si cette étude ne peut pas déterminer la temporalité, l'ordre n'a peut-être pas d'importance».

Donc rien n'indique que ces jeunes femmes n'auraient pas eu ces comportements même sans lire le livre. Cette lecture a simplement pu accentuer des prédispositions, qui elles sont liées à des variables personnelles: éducation, expériences passées, état psychologique... 

Le compte Twitter Neuroskeptic, qui comme son nom l'indique s'attache à lire les études de neurosciences, de psychologie et de psychiatrie avec un esprit sceptique, explique qu'il y a «une bonne cinquantaine de variables parasites» susceptibles de fausser la corrélation obtenue:

L'étude pose néanmoins la question de l'acceptation dans la culture populaire (la série a été vendue à plus de 900.000 exemplaires en France) d'une certaine idée des relations amoureuses. Le bouquin, très stéréotypé, ne fait que perpétuer une représentation caricaturale du couple, même si ceci n'était pas l'objectif de l'auteur d'après Amy Bonomi:

«Nous reconnaissons que la représentation de la violence faite contre les femmes n'est pas problématique, d'autant plus que cette représentation tente de mettre en lumière ce grave problème.»

Ce qui inquiète le plus la chercheuse, c'est que les jeunes femmes qui lisent ce type de bouquin ne portent à aucun moment un regard critique sur leur lecture et l'acceptent telle quelle. Ainsi, pour elle, il faut multiplier les programmes de prévention à l'égard des médias de masse:

«Faire un effort de prévention sur les œuvres populaires, comme le message véhiculé par Fifty Shades of Grey ou l'ensemble des représentations hyper-sexualisées des femmes dans les médias, est essentiel pour s'attaquer aux problèmes sous-jacents qui placent ces jeunes femmes dans des relations malsaines.»

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