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Le gène qui permet d'avoir besoin de moins de sommeil

Grégoire Fleurot, mis à jour le 22.08.2014 à 12 h 15

Un vigile inspecte l'arrière de «Mask II» de l'artiste australien Ron Mueck, lors d'une exposition à Edimbourg en 2006. REUTERS/David Moir.

Un vigile inspecte l'arrière de «Mask II» de l'artiste australien Ron Mueck, lors d'une exposition à Edimbourg en 2006. REUTERS/David Moir.

C'est l'une des grandes inégalités au sein de l'espèce humaine: certaines personnes ont absolument besoin de dormir huit heures par nuit sous peine d'être dans un état de fatigue continu et dans l'incapacité de se concentrer plus de cinq minutes d'affilée. D'autres, au contraire, se vantent de n'avoir besoin que de cinq heures de sommeil, et en profitent pour accomplir une grande quantité de tâches au cours de leurs journées de 19 heures.

Le chercheur Allan Pack a décidé, au début des années 1980, d'étudier ce phénomène pour savoir si cette différence si injuste entre les hommes était héréditaire. Trois décennies plus tard, il se rapproche de la solution, rapporte la journaliste Maria Konnikova dans le New Yorker.

Le chercheur et son équipe ont publié en 2012 les premiers résultats de leurs travaux sur des jumeaux leur permettant d'affirmer que 80% des différences dans la manière dont nous sommes affectés par les effets cognitifs du manque de sommeil s'expliquaient par la génétique. Mais restait à trouver quel gène était responsable.

Parallèlement, Ying-Hui Fu, une chercheuse de l'université de Californie, a identifié en 2009 une mutation sur un gène connu pour réguler le rythme circadien chez une mère et une fille qui ne dormaient que six heures par nuit, mais qui n'étaient absolument pas affectées par ce manque de sommeil. En insérant ce gène chez des souris, Ying-Hui Fu a observé que celles-ci se mettaient à dormir moins mais continuaient à fonctionner normalement.

Intrigué par cette découverte, Pack s'est mis à la recherche du gène parmi les nombreux jumeaux qu'il avait étudiés pour ses travaux, et a fini par trouver une paire de jumeaux dont un seul présentait une mutation similaire à celle observée par Ying-Hui Fu. Le jumeau qui présentait la mutation dormait deux heures de moins que son frère, mais avait de meilleures performances au test utilisé pour déceler les effets du manque de sommeil.

En d'autres termes, comme l'explique Anna Konnikova, «c'était là une variation génétique qui semblait permettre à ses porteurs de tirer les mêmes bénéfices de six heures de sommeil que la majorité d'entre nous en tire de huit.» Pack et ses collègues ont publié leurs travaux le mois dernier, tout en soulignant bien que l'échantillon combiné de leurs recherches et de celles de Ying-Hui Fu, à savoir deux paires de jumeaux, était minuscule et insuffisant pour tirer des conclusions définitives.

Mais celles-ci pourraient arriver dans un futur proche: Pack s'est allié à des chercheurs sur le sommeil au Royaume-Uni, en Corée du Sud et en Chine pour rechercher les mutations décelées dans un échantillon de près d'un million de personnes.

Quand on sait que ne pas dormir assez détruit nos neurones, nous rend immoraux, accélère le vieillissement de la peau chez les femmes, nous fait grossir et peut même potentiellement nous tuer, on comprend mieux pourquoi les futurs résultats de Pack pourraient avoir des implications très importantes pour la qualité de vie de nombreuses personnes: en comprenant mieux les mutations en question, on pourra plus facilement répliquer leurs effets à travers la mise au point de nouveaux médicaments.

En attendant, la seule solution disponible à l'heure actuelle est connue de tous: essayez de dormir plus et plus souvent. 

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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