Culture

Comment Hollywood redouble de créativité pour nous faire pleurer au cinéma

Repéré par Mélissa Bounoua, mis à jour le 22.08.2014 à 14 h 23

Repéré sur The Wall Street Journal

Image du film Nos étoiles contraires. Twentieth Century Fox France

Image du film Nos étoiles contraires. Twentieth Century Fox France

Amateurs de scènes de films lacrymales, réjouissez-vous. Plusieurs comédies dramatiques sortent en salles dans les mois à venir. 

Nos étoiles contraires est arrivé dans les cinémas français ce mercredi 20 août. Le film, adapté du best-seller de l'américain John Green, raconte «l’histoire de deux adolescents qui ont un cancer et tombent amoureux», résumait Slate.fr en 2013

Sorti en juin aux Etats-Unis, il a déjà généré 124 millions de dollars de recettes. Ce qui en fait le teen-movie (qui ne parle pas de vampires) le plus rentable de l'histoire du cinéma. L'acteur principal, Ansel Elgort, explique que des gens l'approchent dans la rue et se mettent à pleurer.

A la différence des films d'horreur, il n'y a pourtant pas de recette simple, souligne The Wall Street Journal, après avoir interrogé plusieurs réalisateurs:

«Les cinéastes disent qu'il n'y a aucune ruse infaillible pour faire pleurer les spectateurs mais que certaines techniques aident. Et, comme le public en a déjà beaucoup vu, c'est de moins en moins facile.»

Alors comment font-ils pour faire pleurer des cinéphiles qui ont déjà vu La vie est belleTitanic, Bambi ou Philadelphia?

Créer un scène qui suscite des émotions, «ce n'est pas comme mettre du sucre dans une sauce, cela dépend de chaque ingrédient et de chaque décision que vous prenez», explique le réalisateur de Si je reste, R.J. Cutler, dont le film sort en France le 17 septembre. Il dit avoir relu le roman dont il est tiré – l'histoire d'une adolescente violoncelliste qui voit mourir sa famille dans un accident de voiture – et a noté chaque moment qui l'a ému pour le transposer à l'écran.

Shawn Levy, réalisateur de This is where I leave you, l'histoire d'une famille qui se réunit après la mort du père, insiste sur le fait qu'il ne faut pas en rajouter. Une des scènes est un gros plan sur le visage du personnage joué par Jason Bateman qui dure du moment où son oeil commence à être humide à celui où la larme est versée, une séquence pas si courante selon lui:

«Lorsque j'étudiais le théâtre à l'université de Yale, le professeur nous a dit un jour "si vous pleurez pour vous-même, le public ne pleurera pas pour vous." Le personnage ne doit pas s'apitoyer sur son sort sinon nous ne pouvons pas avoir de pitié pour lui. Ce personnage fait tout le boulot pour nous.» 

 

Il souligne aussi le rôle-clé de la musique – il l'a confiée, pour ce film, à l'auteur de celle du film de Pixar, Là-Haut:

«La mélodie doit accentuer les émotions mais si elle la souligne de manière trop grossière, le public se sent manipulé.»

La question des sentiments provoqués par le visionnage des films a intéressé un psychologue de Princeton qui a étudié les réactions du cerveau lorsqu'une personne regarde une comédie dramatique.

Autre recette: souligner le temps qui passe. C'est la conclusion d'une autre étude menée à Stanford en 2008. 

C'est ce qui a notamment fait le succès du film The Notebook (N'oublie jamais en français), où l'actrice Gena Rowlands joue le rôle d'une femme qui perd la tête mais se souvient de son histoire d'amour avec le personnage joué par Ryan Gosling. C'est aussi la séquence d'ouverture de Là-Haut quand la vie de Carl et Ellie défile en une dizaine de minutes.

 

L'auteur de Crying: The Natural and Cultural History of Tears («Pleurer: histoire naturelle et culturelle des larmes»), Tom Lutz, en est arrivé à la conclusion qu'il s'agit bien d'un savant mélange à doser parfaitement:

«J'ai regardé des centaines de ces films en essayant de comprendre le moment où tout se déclenche, ce qui nous fait pleurer. [...] Il m'a semblé que c'était des moments où les rôles s'accomplissaient parfaitement... Personne n'est un fils, une fille, un mari ou une femme parfaite. Ces films sont une excellente combinaison d'aspiration, de sentiment d'échec, d'impossibilité, de culpabilité. Ce mélange incroyable d'émotions suscitées, c'est ce qui finit par nous faire pleurer.»

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