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Entretien au Monde: les tacles (peu) déguisés de François Hollande envers Nicolas Sarkozy

Grégoire Fleurot, mis à jour le 20.08.2014 à 18 h 01

François Hollande à Paris, le 7 juillet 2014. REUTERS/Benoît Tessier.

François Hollande à Paris, le 7 juillet 2014. REUTERS/Benoît Tessier.

François Hollande a accordé un entretien exclusif au Monde, publié ce mercredi 20 août et dont des morceaux choisis sont disponibles sur le site du journal et la version intégrale sur... celui de l'Élysée. Le président de la République y aborde de nombreuses questions d'actualité comme la fusion de la prime pour l'emploi et du RSA, la livraison d'armes aux rebelles syriens ou encore le rôle du patronat dans les réformes en cours, mais on peut aussi y déceler de nombreuses petites piques plus ou moins dissimulées lancées en direction de son prédécesseur Nicolas Sarkozy (dont il ne prononce jamais le nom), que ce soit pour expliquer la difficile situation économique de la France ou plus simplement pour se démarquer de lui. Voici six de ces passages, avec leurs sous-titres.

«Le diagnostic est implacable: il y a un problème de demande dans toute l'Europe. [...] C'est essentiellement dû aux politiques d'austérité menées depuis plusieurs années.»

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été marqué par plusieurs plans d'austérité mis au point pour assainir les finances publiques, en adéquation avec la doctrine économique de l'Allemagne et d'une bonne partie de l'Union européenne. François Hollande avait fait de ce thème un des points centraux de sa campagne présidentielle, répétant à l'envi que le programme de son concurrent avait «l'austérité comme seule perspective» et réaffirmant lors de son premier discours de président sa volonté de rupture avec son prédécesseur.

Rien d'étonnant donc à ce que le président de la relance par l'offre rejette la responsabilité des problèmes de demande sur son prédécesseur.

«J'ai trouvé en arrivant en 2012 près de 70 milliards de déficit commercial et une industrie avec les taux de marge les plus faibles de ces trente dernière années.»

Tous les chefs d'Etat de la planète ont au moins une fois rejeté la responsabilité des difficultés économiques de leur pays sur leur prédécesseur, et François Hollande n'est pas décidé à faire figure d'exception. Du côté de la véracité des chiffres, la France a bel et bien connu un déficit commercial proche de 70 milliards d'euros en 2012 (67,2 milliards pour être précis), qui a été ramené à 61,2 milliards d'euros en 2013, même si certains soulignent que cette embellie ne signifie pas que le commerce extérieur français a soudainement retrouvé la santé. Les taux de marge des industries ont également atteint un niveau très faible en 2012, comme celles de l'industrie manufacturière.

«Je rappelle que la dette publique est passée de 60% du PIB en 2007 à 90% en 2012. Si j'arrivais en 2017 avec un ratio de 120% du PIB, que dirait-on de moi? Sans doute ce qu'on aurait dû dire à mon prédécesseur.»

Nouvelle attaque économique, encore moins dissimulée que les précédentes puisque François Hollande y évoque son «prédécesseur». Là encore , les chiffres sont bons (la dette publique est passée de 64,2% du PIB en 2007 à 90,6% en 2012). Seul bémol: les observateurs ne se sont pas gênés pour souligner l'incapacité de Sarkozy à maîtriser la dette, contrairement à ce que laisse entendre Hollande.

 «L'intervention de 2011 n'a pas suffi car elle n'a pas été prolongée. J'ai fait au Mali ce qui n'a pas été réussi en Libye.»

Au moment du lancement de l'intervention militaire française au Mali en 2013, François Hollande avait annoncé qu'elle durerait «le temps nécessaire». Plus de 1.000 soldats français y sont encore présents. L'intervention de l'Otan en Libye, à laquelle a participé la France sous forme de frappes aériennes, n'avait elle duré «que» de mars à octobre 2011, et s'était arrêtée avec la mort de Mouammar Kadhafi. Aujourd'hui, la Libye est embourbée dans une guerre interne chaotique tandis que la situation au Mali est meilleure, même si des combats ont encore lieu régulièrement.

Un président ou un ancien président doivent-ils passer par les primaires pour se représenter? «Pour les anciens, je ne sais pas. Ce n'est pas à moi de le dire»

Une pierre dans le jardin de l'UMP: Nicolas Sarkozy, qui a laissé la porte ouverte à un retour en politique à la fin de l'été ou au début de l'automne dans le cadre de la bataille pour la présidence de l'UMP, souhaiterait s'épargner le passage par une primaire ouverte pour 2017, même si les sondages en font le favori.

«C'est un grand principe de mon quinquennat: je ne porte jamais de jugement sur ceux qui jugent.»

C'est sans doute le plus joli tacle adressé par François Hollande à Nicolas Sarkozy, à l'occasion d'une question sur la censure récente dont le gouvernement a été victime de la part du Conseil constitutionnel. Le message en direction de son prédécesseur, dont les relations avec les juges et plus généralement l'institution judiciaire sont depuis longtemps tumultueuses, est assez clair: en juillet dernier, après sa mise en examen pour corruption et trafic d'influence, Nicolas Sarkozy s'était emporté contre «l'instrumentalisation politique de la justice».

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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