Un algorithme qui trouve les influences des grands maîtres de la peinture

Portrait du Pape Innocent X, par Pablo Velázquez (1650) et l'étude de ce même portrait par Francis Bacon (1953)

Portrait du Pape Innocent X, par Pablo Velázquez (1650) et l'étude de ce même portrait par Francis Bacon (1953)

En un coup d’œil, les historiens de l’art sont capables non seulement d’identifier le style, le genre, l’artiste et la période à laquelle un tableau appartient, mais aussi de découvrir d’éventuelles influences implicites, sur la base de critères aussi subtils que la composition, les couleurs, le sujet ou encore le contexte historique.

Aussi semble-il peu concevable qu’une machine se hisse au niveau de ce travail d’orfèvre, a priori du ressort exclusif de l’être humain: emmagasiner quantité de données ne suffit pas, encore faut-il pouvoir les comparer.

Et pourtant, c’est ce que le chercheur en science des systèmes informatiques Babak Saleh et ses collègues de l’Université de Rutgers (New Jersey) ont enseigné à un ordinateur, en le dotant d’un algorithme qui lui permet d’établir automatiquement des liens entre différents tableaux.

Les résultats, publiés le 14 août dans un article intitulé «Vers la découverte automatisée de l’influence artistique», et rapportés par Medium, sont allés au-delà de leurs propres espérances. L’intelligence artificielle, après avoir analysé les 1.700 tableaux qu’on lui avait soumise, a non seulement retrouvé des influences que les historiens de l’art connaissaient déjà, mais en a révélé de nouvelles.

L’ordinateur a vu juste, en retrouvant l’influence de Picasso et de Braque chez Klimt, celle de Delacroix sur Bazille, de Munch sur Beckmann, et de Degas sur Caillebotte.

Mais la prouesse technologique va plus loin: il a aussi repéré des similitudes inédites entre plusieurs tableaux, notamment entre le Studio 9 Rue de la Condamine, de Bazille, et le Shuffleton’s Barbershop, de Rockwell.

Studio 9 Rue de la Condamine, par Frédéric Bazille (1870) et Shuffleton's Barbershop, de Norman Rockwell (1950)

«Après avoir cherché dans de nombreuses publications et des sites internet, nous avons conclu qu’à notre connaissance, cette comparaison n’avait jamais été faite par un historien de l’art auparavant», expliquent les chercheurs dans leur article.

L’intelligence artificielle pourrait donc à l’avenir servir d’éclaireur aux historiens de l’art pour dévoiler les mystères que recèlent les œuvres des maîtres.