Faut-il montrer la vidéo de l'exécution de James Foley par l'État islamique?

Le journaliste James Foley en Syrie en 2012. Manu Brabo/FreeJamesFoley.

Le journaliste James Foley en Syrie en 2012. Manu Brabo/FreeJamesFoley.

Mardi 19 août, une vidéo représentant des membres de l'État islamique a été publiée sur YouTube. A l'écran, après les images de l'annonce par Barack Obama de l'intervention de l'armée américaine en Irak début août, les internautes voient ce qui est présenté comme la décapitation d'un journaliste américain, James Foley, enlevé en Syrie en novembre 2012. 

Habillé en orange, comme pour rappeler la tenue des prisonniers américains, il est à genoux et lit un texte écrit par ceux qui le détiennent, qui entendent envoyer un «message à l'Amérique». Sa déclaration appelle sa famille et ses amis à se soulever contre le véritable ennemi, «le gouvernement américain». Un membre de l'État islamique parle ensuite, affirmant que cette exécution est directement liée à la décision du président des États-Unis d'intervenir en Irak.

La vidéo, qui dure près de cinq minutes, a été supprimée de YouTube vingt minutes après sa publication, souligne le site Politico.

Les médias du monde entier n'ont pas tardé à essayer de vérifier si ces images étaient vraies ou non. C'est Zaid Benjamin, un journaliste de la radio arabophone Radio Sawa, qui semble avoir publié le premier tweet renvoyant vers la vidéo, rapporte le Washington Post. Peu de temps après, Twitter suspendait son compte et le tweet était supprimé.

«Un email de Twitter à propos de la suspension de mon compte plus tôt dans la journée», postait Benjamin quelques heures plus tard.

La chaîne américaine CNN n'a elle pas hésité à montrer en plateau des captures de la vidéo en question. Sur son site internet, un message prévient que les images peuvent choquer mais ne laissent pas voir l'exécution en elle-même.

Cela n'a pas manqué de susciter de nombreuses critiques, notamment de la part de deux journalistes du Guardian:

«Non mais CNN, ne diffusez pas cette vidéo de propagande»

«Incroyable. CNN diffuse des captures de la vidéo faite par EIIL.»

Le New York Post a lui choisi d'afficher en grand sur sa une une capture d'écran de la vidéo quelques dixièmes de seconde avant la décapitation (attention, l'image peut choquer).

Un journaliste de l'édition anglaise du journal gratuit Metro estime que diffuser ces images permettrait d'opérer une prise de conscience:

«La vidéo de James Foley est d'une violence inouïe mais elle devrait être vue, elle montre ce à quoi nous faisons face. La censure n'est jamais une réponse.»

Nombreux sont les internautes qui ont affirmé que relayer cette vidéo pouvait renforcer l'État islamique et qu'il fallait surtout ne pas la montrer: le hashtag #ISISmediablackout, invitant les médias à ne pas diffuser les images, est rapidement devenu viral. La Maison Blanche a réagi dans ce sens et expliqué au Washington Post

«Les représentants du ministère des Affaires étrangères et de la Défense ont contacté certains réseaux sociaux pour les informer de l'existence de la vidéo et les prier de prendre les mesures nécessaires en restant fidèle à leur politique.» 

Si Twitter a suspendu le compte de Zaid Benjamin, c'est justement que le réseau social a une politique claire en termes de médias liés à une personne décédée. C'est la famille qui décide:

«Pour respecter les voeux des proches, Twitter retirera toute image d'un individu mort dans certaines circonstances. La famille et d'autres personnes autorisées par l'entourage peuvent demander à ce que les images ou vidéos soient supprimées du moment où elle est blessée au moment où elle est sur le point de mourir ou déjà morte, en envoyant un email à l'adresse [email protected] Lorsque Twitter traite de telles demandes, nous prenons en compte la valeur du média dans l'actualité et nous nous autorisons à ne pas honorer la demande dans certains cas.» 

La mère de James Foley, Diane Foley, a rendu hommage à son fils via la page Facebook créée pour favoriser la libération du journaliste:

 

 

«Nous n'avons jamais été plus fier de notre fils. Il a dédié sa vie à montrer la souffrance du peuple syrien. Nous implorons ceux qui l'ont kidnappé d'épargner la vie des autres otages. Comme Jim, ce sont des innocents. Ils n'ont aucune influence sur la politique du gouvernement américain en Irak, en Syrie, ni où que ce soit dans le monde. Nous voulons remercier Jim pour toute la joie qu'il nous a apportée. C'était un fils, un frère, un journaliste et une personne extraordinaire. S'il vous plaît, respectez notre vie privée dans les jours à venir, nous sommes en deuil.»

Cet événement n'est pas sans rappeler ce qui était arrivé au journaliste américain Daniel Pearl en 2002. Il avait été décapité par Al-Qaida au Pakistan. Le journaliste politique de Slate.com, Christopher Beam, indiquait en 2009 que la médiatisation pouvait être contre-productive dans les cas de prise d'otage.

«Songez par exemple à Daniel Pearl, Nicholas Berg, et Paul Johnson. Dans ces cas-là, rendre compte des macabres évènements est susceptible d'encourager les preneurs d'otages à récidiver. La médiatisation peut aussi être néfaste si des négociations ont été ouvertes, et que la divulgation d'informations dans les médias y met un frein.»

Après l'exécution de James Foley, est aussi apparu à l'image Steven Joel Sotloff, un autre journaliste. L'EIIL le retient et menace de le tuer si Barack Obama ne réagit pas comme ils le souhaitent.

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