France

Alain Juppé candidat à l'investiture UMP pour 2017: préparez-vous à voir ressurgir le débat sur l'âge du capitaine

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 20.08.2014 à 9 h 51

Alain Juppé, le 20 mars 2014, à Bordeaux. REUTERS/Régis Duvignau.

Alain Juppé, le 20 mars 2014, à Bordeaux. REUTERS/Régis Duvignau.

Dans un billet publié sur son blog, Alain Juppé, qui vient tout juste de fêter ses 69 ans le 15 août, a annoncé, mercredi 20 août, son intention de se présenter à la primaire de l'UMP en vue de l'investiture pour l'élection présidentielle de 2017:

«J’ai décidé d’être candidat, le moment venu, aux primaires de l’avenir. Il reste moins de deux ans pour les organiser (car le bon sens voudrait qu’elles aient lieu au printemps 2016). C’est un bon délai.»

Si l'on précise son âge, c'est parce qu'au moment de la présidentielle 2017, Alain Juppé approchera de ses 72 ans, et que la question risque de devenir un débat récurrent de la précampagne présidentielle. En 2012, le livre Le Naufragé, de Benjamin Sportouch et Jérôme Chapuis, le citait d'ailleurs disant:

«C'est vrai que j'ai rêvé d'être président de la République, mais je ne vais pas me faire hara-kiri. Cette fois, c'est passé, et en 2017, j'aurai 72 ans, alors...»

En mai dernier, quand il avait été hospitalisé une nuit pour des examens médicaux, l'AFP écrivait de lui qu'il sait «que l’âge, 71 ans en 2017, sera un handicap». «Son grand défaut: avoir, comme le disent déjà ses détracteurs, 71 ans en 2017. Trop tard pour être élu?», s'interrogeait récemment Le Nouvel Économiste –pour mieux réfuter l'argument.

Le candidat à la candidature a en tout cas déjà rodé ces derniers mois quelques éléments de langage dans les médias:

«Ceux qui m'invitent à être candidat en 2017 [...] me rétorquent [...] que je ne fais pas mon âge, que François Mitterrand avait à peu près cet âge-là en 1988, Jacques Chirac aussi en 2002. Et même de Gaulle en 1958.» (interview au Point en octobre 2013)

 

«En général, quand on parle de moi on utilise une expression qui ne me convient pas trop: "vieux sage". Je suis sage, mais je me sens très jeune» (déclaration citée par l'AFP le 15 mai)

 

«Si le seul argument contre moi est l'âge, je suis serein. [...] Mieux vaut un sexa en forme qu’un quinqua amorti.» (interview à RMC et BFM-TV le 25 juin)

La question est en effet récurrente dans l'histoire des élections présidentielles: peut-on élire un président qui a dépassé l'âge légal de départ à la retraite? «Un homme de 75 ans n'est pas en mesure d'assumer toutes les responsabilités qu'il réclame», avait asséné François Mitterrand à propos du général de Gaulle en 1965. En 1974 puis en 1981, Valéry Giscard d'Estaing avait accusé son adversaire socialiste d'être un «homme du passé», allusion à la fois à leur différence d'âge et au passé de son adversaire comme ministre de la IVe République. Ce à quoi Mitterrand avait répliqué après sa victoire, si l'on en croit son biographe Franz-Olivier Giesbert:

«La cinquantaine, ça fait déjà vieux et ça ne rassure pas: vous perdez sur les deux tableaux. Soixante ans, c'est le bon âge. Celui du père ou du grand-oncle.»

Après sa défaite de 1995, à 66 ans, l'âge d'Édouard Balladur avait été jugé comme un obstacle à l'idée d'une nouvelle candidature à la présidentielle. En 2006, Lionel Jospin, alors candidat potentiel à la primaire socialiste à 69 ans, avait lui-même jugé qu'il n'était ni «usé» ni «fatigué», en allusion humoristique aux propos qu'il avait employés à propos de Jacques Chirac, 70 ans, en 2002, et qui avaient fait scandale, le président sortant s'offusquant alors d'un «délit de sale gueule».

Le débat avait été moins prégnant en 2007 et 2012, les principaux candidats étant alors des quinquas, mais on peut donc s'attendre à le voir ressurgir. Alain Juppé va donc pouvoir roder son contre-argumentaire et se consoler en se rappelant que sa tranche d'âge est la plus mobilisée électoralement et vote massivement à droite. Et préparer peut-être, pour ses 70 ans en août 2015, dernier anniversaire avant la primaire, une formule du genre de celle que lâchait Mitterrand en 1987:

«Vous savez que je vais avoir 71 ans. Je crois que dans une certaine presse, on va beaucoup me souhaiter mon anniversaire.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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