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Le récit de l'enlèvement de James Foley, exécuté par l'État islamique

James Foley, en août 2012, à Alep (Syrie). Nicole Tung.

James Foley, en août 2012, à Alep (Syrie). Nicole Tung.

Les extrémistes sunnites de l’État islamique ont affirmé, mardi 19 août, avoir tué le journaliste américain James Foley, disparu le 22 novembre 2012 en Syrie. Une vidéo de son exécution a circulé sur Internet: un homme masqué demande la fin des frappes aériennes américaines contre l'État islamique en Irak, et menace de tuer un autre journaliste, Steven Sotloff, si ses demandes ne sont pas respectées.

En 2013, le journaliste James Harkin était parti en Syrie pour essayer de retrouver les traces de James Foley et d’Austin Tice, un autre journaliste freelance américain disparu. Depuis la mort en 2012 de la photographe Marie Colvin à Homs, la plupart des médias ont en effet cessé d’envoyer leurs correspondants en Syrie: Harkin estime que 80% dans le pays sont freelance, et c’était en effet le cas de Foley.

Dans un long article publié par Vanity Fair en mai dernier, Harkin expliquait que les journalistes capturés par le régime syrien ou par des groupes de bandits locaux étaient en général relâchés après paiement de rançon.

Au début du conflit, les groupes rebelles d’opposition étaient contents de protéger des journalistes, car ils voulaient que les horreurs du régime d’Assad soient rendues publiques. Mais après quelques années de guerre sans aucune intervention occidentale, certains ont commencé à utiliser les journalistes pour obtenir de l’argent.

Cependant, dans le cas de Foley, aucune somme d’argent n’avait été demandée, ce qui pointait dans la direction de groupes djihadistes.

En 2013, le site GlobalPost, avec lequel collaborait Foley, avait embauché une firme de sécurité pour enquêter sur sa disparition. Selon cette investigation, le journaliste avait été capturé par des milices pro-Assad, et détenu dans une prison à Damas… Mais la plupart des sources interrogées par Harkin ne croyaient pas à cette hypothèse. Un journaliste d’un site d’information de l’opposition syrienne lui avait dit que Foley était détenu par les islamistes syriens d’al-Nosra, groupe concurrent de l'État islamique, et que des forces rebelles avaient essayé de le libérer.

Foley et un autre journaliste étranger (dont la famille a décidé de ne pas rendre le nom public) ont disparu au nord de la Syrie, pas loin de la frontière turque, dans une région envahie depuis 2013 par des djihadistes, à la fois locaux (ceux du Front al-Nosra) ou venus de l’étranger, notamment de l'État islamique. Comme l’explique James Harkin, «ce ne sont pas juste les journalistes qui sont freelance en Syrie, c’est aussi le cas des extrémistes armés. C’est ce qui rend ce conflit si différent, et si difficile à couvrir en tant que journaliste».

Après avoir été dans un café Internet, les deux hommes avaient pris un taxi en route pour Damas. C’est là que trois hommes armés, dont un masqué, les avaient kidnappés. Le chauffeur de taxi, interviewé par Harkin, raconte qu’un des assaillants parlait arabe avec un accent du Golfe. Selon le chauffeur, l’attaque avait l’air planifiée, comme si quelqu’un les avait prévenus de la présence des reporters.

A Antakya, la ville turque à la frontière de la Syrie où se retrouvent rebelles, djihadistes, espions, journalistes et personnel médical, Harkin a interviewé un négociateur d’otages qui confirme que ce genre de groupe islamiste ne communique pas avec les familles et les gouvernements pour négocier des libérations. Un ancien agent de la CIA en Syrie résumait la situation:

«Il y a trop de groupes différents. Les Saoudiens et les Quataris font tout à travers des intermédiaires qui donnent de l’argent à certaines personnes pour tout faire sauter. Il n’y a pas de leader, personne qui contrôle la situation.»

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